04/05/2008Michael Tolliver est mort
Dans son Autobiographie érotique, Bruce Benderson souligne à quel point que ce qu’il représente, ce qu’il est, presque malgré lui, -un homosexuel nord-américain de plus de cinquante ans- est devenu aujourd’hui une incongruité. Survivant du sida et des années de lutte pour les droits civiques, il ne se reconnaît plus dans une communauté homosexuelle qui cherche à tout prix à intégrer le modèle dominant qu’elle a si longtemps combattu.
Partant de la même situation, Armistead Maupin aboutit à une toute autre conclusion. Dans le vrai-faux dernier volume des Chroniques de San Francisco, son double de fiction ne cesse de s’interroger sur le sens que doit prendre l’arrivée de l’âge chez un gay séropositif, et la réponse qu’il donne à ce questionnement est finalement assez déprimante. Tout au long du livre, au fil de rebondissements poussifs (comme si l’abandon de la contrainte d’une écriture de feuilletoniste alourdissait l’imagination de l’auteur), Michael Tolliver s’efforce, avec une volonté de boy-scout, d’intégrer à tout prix une norme sociale qui lui semble désormais la seule garantie d’une vieillesse paisible.
Jusqu’alors, en prenant les chemins détournés de l’ironie camp, en diffractant dans des personnages excessifs et stéréotypés toutes les attitudes qu’il est possible d’adopter face aux enjeux politique d’une époque, Maupin arrivait à rendre légers les problèmes qu’il évoquait. Sa description douce-amère de l’échec des tentatives collectives pour vivre autrement sa liberté et ses désirs, le fracassement des utopies des années 70 sur la dureté glacée des années Reagan, hantées par le sida et l’obsession de la réussite individuelle constitue pour moi l’essentiel du charme de son œuvre. Or le dernier épisode est entièrement rythmé par les longs monologues de Tolliver/Maupin qui se félicite d’être à la fois, et dans le désordre, débarrassé d’une libido trop envahissante, toujours en vie, propriétaire de sa maison et marié.
L’insistance sur « mon mari » n’est pas sans évoquer une autre figure accablante de l’assagissement tardif. Tout ça pour ça, les péripéties innombrables, au grès des différents tomes, sur la vitalité du désir, la multiplicité des choix de vie, le refus du conformisme se dissolvent finalement dans le jacuzzi où Michael et Ben se prélassent, heureux, mariés, normaux.
Des inquiétudes sur l’âge, des angoisses du survivant en sursis, des questions que posent les revendications de l’égalité des droits, il est sûrement possible de faire autre chose que ce filet d’eau tiède. Du temps qui passe, il est au moins possible (en tout cas pour Joni Mitchell) de faire une chanson bouleversante où l’écho des rengaines de jeunesse (et pas des moindres puisqu’il s’agit d’Unchained melody) se fait entendre derrière les cris des enfants des amis qui vieillissent. Il suffit de cliquer sur l'image.
17/03/2008Post temporaire
Le groupe Cinq ans de droite, j'ai besoin d'amour est heureux de vous offrir ce pur moment de jubilation militante :
les résultats des municipales 2008
photographie prise au siège du parti socialiste, dimanche soir
25/02/2008Etait-ce à Londres, Rome ou Rennes ?
Dans la rue (ou ailleurs), des gens disent parfois des choses comme :
Une blonde avec une frange en biais et une combinaison avec des étoiles dorées dessus : - "C'est trop dommage, on vient juste de décrocher l'expo... Il y avait du graph, des vidéos, des objets... Tous les artistes s'exprimaient sur le même thème, c'était très riche, super créatif ! Ouais, c'est ça, c'était sur le thème du beignet... enfin, je veux dire, du donut."
Sur un ton presque angoissé, une quarantenaire en "fourrure sportswear", au téléphone, : -"Non, mais toi, par exemple, tu fais une sauce avec les moules ?"
Sur le trottoir, une brune jolie et énervée : -"et tu lui diras, hein, que sa copine, la blonde, là, c'est une grosse moche !"
-"Mais Rennes, c'est socialiste comme municipalité ?"
-"ben oui, regarde, y'a des vélibs"
Plus tard dans la soirée :
-"c'est quoi, déjà, le nom du bar ?"
-"la Bernique hurlante, c'est censé être en face du restaurant la Moule rieuse"
-"pas de doutes, ils savent s'amuser"
-"tiens, ils rallument les lumières. A minuit 45."
-"ah, ils arrêtent de servir à boire"
-"oh, ils mettent Bécassine c'est ma cousine très fort. Et ils chantent tous..."
-"OK, c'est l'heure de rentrer"
11/02/2008Au vrai chic parisien
L'avantage de cette péripétie, au-delà du vertige lacanien (oui, je n'hésite pas) qui me saisit quand j'entends le fils parler exactement comme le père (vivement une enquête de Mireille Dumas sur la question), c'est la multiplication des micro-trottoirs réalisés au péril de leurs vie par des reporters audacieux en direct de l'avenue du Roule (ou, pour ceux dont les vaccins sont à jour, carrément avenue Peretti). Cela nous vaut d'inoubliables séquences qui nous rappellent que toute la société n'est pas devenue une immense classe moyenne informe et flasque et que, à l'Ouest de la capitale, certains se battent toujours pour faire exister de vraies valeurs.
Ainsi une certaine Geneviève, bravant tous ses préjugés, a répondu hier à une journaliste de Libération. Elle donne tout d'abord son avis sur feu Martinon : "Ce monsieur n'est pas séduisant" et ajoute : "Et puis, ça me dérange cette nouvelle première dame qu'on voit nue partout sur internet alors qu'elle est censée nous représenter dans les déplacements internationaux".
Rien à ajouter, Sylvie Joly n'a pas fait mieux (absolument, absolument).
En réponse, il suffit de cliquer.
08/02/200806/02/2008N'importe quoi (post temporaire)
27/01/2008And he pisses like I cry / On the unfaithfull love
Depuis les fenêtres de l’Eleven, je distingue un peu mieux le dessin de cette ville mais je crois que je n’y comprends rien. Au gré des rues, une mélancolie d’eau stagnante laisse parfois la place à une quiétude presque palpable, dans le soir du béguinage ou le long de l’Elegantier désert.
Au musée Van Gogh, son prénom est partout. Je m’abstrais difficilement de la contemplation d’un grand Van Dongen rouge et bleu. Les filles du red district ne sont majeures que par l’effet de leur maquillage épais. Des cheptels ivres morts d’Anglais et de Russes les insultent au travers des vitrines. La bière est bon marché, les bars à demi-déserts. Les Hollandais sont en majorités des touristes et les vrais locaux me dépassent d’une tête. Sinon, tout est comme dans la chanson, à l'exception près que l'on ne voit jamais vraiment le port.
30/12/2007Wishin' & Hopin'
Ce Noël s’annonçait improbable, mais en fait non. Il fut finalement modérément familial, tranquille et doux, émaillé de quelques répliques impérissables :
- «Pour le dîner du 24, tu fais sobre». «D’accord, sobre, mais chic !»
- «Et toi, ton projet de vie, c’est plutôt quoi ?». «Euh, là, c’est de tenir jusqu’à la bûche»
- «Non, c’est vrai, vous en pensez quoi : chez Ladurée, c’est les cassis les meilleurs, non ?»
- «Et vous survivez hors du 3e ?» «Oui, ça va. Et puis les jumelles sont dans la même crèche que le petit de Mazarine Pingeot, donc on est pas dépaysé»
- «Tu comprends, il n’avait pas d’alliance, je me suis mise à espérer… tu penses… sa femme vient de le rejoindre… Non, à mon avis, mon prince charmant a décidé de faire du trekking en Colombie il y a six ans et depuis il est retenu par les Farc». «Te plains pas, il aurait pu choisir le circuit découverte en Mauritanie»
- «Profitez-en bien, j’ai fait tellement de cadeaux que normalement je suis sous tutelle le mois prochain»
- «Tu as vu, je t’ai pris un week-end de charme pour deux, hein, au cas où…»
- «C’est joli cette guirlande qui clignote de façon aléatoire» «Ce n’est pas aléatoire, c’est du morse, c’est le sapin qui dit : je viens de Laponie, sortez-moi de là !»
En cliquant sur cette image idyllique du bonheur familial tel qu'il devait exister sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, on peut entendre Dionne Warwick (parfaite avec les after eight en cette période de fête) fredonner que ce n'est pas tout de faire des voeux, encore faut-il s'efforcer de les réaliser.
20/12/2007Ceux qui m’aiment ont pris le train (de banlieue)
Pour la dernière fois, je refais ce trajet que j’ai accompli irrégulièrement pendant plus de six ans. Le métro, la gare du Nord, les voies 30 à 34, les wagons surchauffés du RER, le bus, le hall sinistre de la fac, le labyrinthe des escaliers et des couloirs. Mais c’est le jour de l’adoubement, alors je ne suis pas seul et tout me paraît découpé dans une réalité différente, plus nette et plus lointaine à la fois.
La phrase est tellement attendue (« Monsieur, après délibération, le jury etc.… ») que je n’entends rien. Puis tout le monde se lève, et pendant l’heure qui suit, tous les éléments de ma vie, amis, famille, amant, frères, professeurs, collègues, sont réunis dans le décor improbable d’une cafétéria universitaire éclairée au néon. Un sourire idiot ne quitte pas mon visage.
Sur le pont de la Concorde, le vent glacial me fait perdre une partie des mots de Marc. Je répète dans le téléphone que je lui raconterai tout le lendemain mais que là, il m’attend. Je l’entends malgré tout me demander, ironique mais pas seulement, si c’est la plus belle journée de ma vie. Je réponds non, bien sûr, "la plus belle est à venir". Le doute est pourtant permis lorsque je me retourne pour regarder encore une fois les lumières de la place puis que je m’engouffre dans le métro et que je le retrouve dix minutes plus tard, une cigarette au coin des lèvres, assis tout seul sous le chauffage au gaz de la terrasse déserte et tranquille. Derrière la vitre embuée, la salle du café se devine chaleureuse et bondée. Une troisième journée commence à la nuit, et achève tous les changements qui m’auront fait, sans que je comprenne bien comment, changer définitivement de statut.
j'ai fredonné ça pendant trois jours
Le lendemain matin, les raies du soleil au travers des volets tracent sur son visage des lignes qui viennent s’ajouter aux marques du drap et aux rides que l’âge lui dessine au pli des yeux. L’étroitesse du lit nous imbrique l’un dans l’autre. Les bruits de l’avenue Victoria annoncent un samedi de veille de fête. Il grogne dans son sommeil pendant que je murmure à voix basse des incantations pour que ce moment s’étire à l’infini.
28/10/2007Proletarier alles Länder vereinigt euch
Dîner de fin de semaine, conversation alcoolisée :
Un ami : - "Les stewards, ils poussent un peu quand même. Ils ont pleins d’avantages, ils ont les jours de repos… »
1 - : « Ouais mais tu sais, dans les luttes syndicales, vu de l’extérieur, les grévistes ont toujours l’air de défendre des avantages acquis alors que la réalité est parfois pas facile."
Un ami - : "Attends, c’est bon, on les connait les stewards, à Air France, ils sont plutôt bien payés, ils n’ont pas beaucoup d’impôts et ils peuvent même déclarer leur brushing en frais réel!"
Un autre ami - : "Non, c’est vrai, ils réclament les mêmes primes que les pilotes mais franchement, faut faire la nuance, s’ils arrêtent de servir les plateaux repas, l’avion peut quand même décoller et atterrir."
Un ami : - "Peut-être même mieux, d’ailleurs..."
1 – : "Je ne suis pas d’accord ! Tu me ressers, là, s’il te plaît, non, non, je reste au blanc..."
Un autre ami : -« Et puis c’est bon, ils ont la possibilité de se faire sucer dans les toilettes sur les vols long courrier, si c’est pas un avantage professionnel, ça… »
1 - : "Merci d’apporter ton expérience au débat. Je vous trouve limite Medef sur la question. Leurs revendications ont l’air fondées quand même, sur les rythmes de travail par exemple."
Un ami - : "C’est ça, les "rythmes-de-travail" à Air France. Me fais pas rire, avec les premiers froids, j’ai les lèvres qui gercent."
Le lendemain, 8 h. 23, intérieur jour
Drinnnng, drinnng
1 - : "mmmrrrpffff, mrrpff... Ouais, allô ?"
lui - : "Allô. Salut, c’est moi. Mon vol Air France est annulé, je ne sais pas encore quand je rentre."
1 - : "Mais tu es où, là ?"
lui - : "Toujours au fin fond de l’hémisphère sud. Je t’appelle quand j’en sais plus."
5 minutes plus tard
1 - : "Allô, ouais, c’est 1. Je te réveille ?"
Un ami - : "Presque pas… Tu as laissé quelque chose ici hier soir ?"
1 - : "Non, c’est juste pour dire, tu sais, quand j’ai défendu les grévistes d’Air France, là, au dîner. Bon, ben, tu oublies."
18/10/200727/08/2007Madame
Je reprends au vol une suggestion de Sa Majesté.
une couronne, une chanson, le bonheur
Hört ihr Leute taramptatatam / Kommt alle hier geschwind taram / Zum neuen Königstin / Bringt ihm das Beste all / Lauf auch du zum Stall / Kleiner Trommelmann / Lieber König / In kalter Wintersnacht / Hab euch nicht mitgebracht / Nicht Gold und Edelstein / Nur mein Lied allein / Hört mich doch an...
25/08/2007Chacun son tour
Sept. Dans ma numérologie intime où se mêlent indistinctement les dates d’anniversaires des gens que j’aime, les indicatifs des départements où j’ai vécu et quelques nombres magiques, le chiffre sept n’évoque rien.
Cette. D’après mes relecteurs, j’abuse de l’emploi du pronom démonstratif en début de phrase. Ils suggèrent plutôt « Une telle… ». C’est un débat encore en suspend. Mais se relire est, au sens plein du terme, une véritable épreuve.
Septembre (quel joli temps). J’ai toujours aimé ce mois que je rattache inexplicablement aux vacances. La rentrée, c’est pour après.
Seth. Je n’ai pas traversé la phase apparemment inévitable de fascination pour l’Égypte antique que connaissent les enfants. J’étais dans l’autre camp, du côté des centaures et des nymphes, occupé à m’accrocher aux ventres des moutons pour échapper à Polyphème. Mais cet été, je suis resté muet devant elle.
Set. La pratique assidue du badminton, aussi profitable et ludique soit-elle ne m’a pas réconcilié avec le sport et ses contraintes. Alors je nage, cela me va mieux.
Sète. Je ne m’attendais pas à ça. Une ville coincée entre la mer et une colline verdoyante, colorée et sale, vivante, imprévue. La brume de chaleur m’a dissuadé de chercher le chemin du cimetière marin. Le texte de Valéry me poursuit depuis des années. Je le sais presque en entier.
Sept fois cinq. Cet âge qui me semble canonique m’attend au coin de l’année.
23/08/2007Cet air-là (De la reprise ou Le ukulélé postmoderne)
Une mauvaise reprise, on voit bien ce que c’est. La version de Creep par Korn (je croyais jusqu’alors que c’était juste une marque de t-shirt moches pour adolescents assortis) est un bon exemple. C’est plat, sans intérêt et moins bien que l’original, la seule innovation résidant dans les gémissements geignards du chanteur.
Mais ceci dit, une reprise, c’est souvent comme ça : pas beaucoup mieux, juste un peu différent. Et pourtant, je traque inlassablement les versions nouvelles de mes chansons préférées. Je ne suis pas le seul, c’est même devenu un sport très prisé, permettant à ceux qui le pratiquent de déployer une érudition décalée bien dans l’air du temps.
Une petite rengaine récemment re-revisitée permet d’illustrer assez clairement cette idée fumeuse à laquelle je tiens : la reprise, c’est un truc du moment. Bon, d’accord, c’est aussi une pratique vieille comme la chanson, mais le goût de l’époque pour les versions décalées, amusantes, inattendue, bref « improbable » (autre mot très 2007, un peu comme "décomplexé") en infléchit le sens.
Faire une reprise, c’est désormais surtout une bonne façon de faire le malin. Exemple :
En 1969, France Gall, encore fraîche et déjà dotée de cette insupportable voix de crécelle qui rend inexplicable la longévité de sa carrière, enregistre une ritournelle écrite par papa. C’est une pure rengaine yé-yé : une jeune fille évoque ses histoires sentimentales pendant que des chœurs nasillards font ah-ha-ha sur fond de mellotron.
En 1996, la francophile et futée April March reprend le titre. Elle vire les chœurs, impose une guitare folkeuse à la Françoise Hardy, nasille à peine moins que Gall mais avec un petit accent so charming. On lui pardonne.
En 2007, l’ectoplasme Julien Doré, tellement tout (décalé, dandy, poseur, talentueux ?) que c’en est trop, fait plaisir aux spectateurs de canal Plus et fredonne à son tour la mélodie accompagné de son inévitable ukulélé. Oui, parce qu’en 2007, l’instrument qu’il faut gratouiller c’est le ukulélé. La fin des années 90 nous avait imposé la vielle d’intermittent du spectacle façon Louise Attaque puis la guitare qui fait chtoïng de Manu Chao (je prie pour que l’évocation de leur nom ne les ramène pas à la vie). Mais maintenant, le truc lancé, c’est le ukulélé. Les preuves sont multiples (là, là ou là) et révélatrices.
Sous cette forme, la reprise c’est finalement le postmodernisme appliqué au top 50 : ironie et décalage, confusion des registres culturels, hommage détourné et clins d’œil appuyés. Mais du coup, l’image de Jean-François Lyotard jouant du ukulélé est assez plaisante.
En bonus, une reprise à rebours : Amy Winehouse (qui réussit à redonner un peu de crédibilité à la notion très mythologie rock de cure-de-désintox, malgré l’entreprise de vulgarisation menée par Britney et Lindsay-but where the fuck is this bimbo ?-Lohan) et Mark Ronson (fils de) transforme en faux classique de blue-eyed soul sortie des 60’une rengaine pop-rock toute récente des méconnus Zutons. Le résultat m’a fait danser tout l’été, sifflotant sur la plage, twistant sur la terrasse et hululant à tout bout de champ des « va-al’éri-ie » plutôt pénibles pour mon entourage. Mais l’été, c’est fait pour ça.
Pour les chansons, il suffit de cliquer sur les images.
21/08/2007Déjà disponible
Epargnez-vous la rentrée littéraire :
on clique ensemble, c'est tout
Disponible depuis déjà plusieurs jours, le véritable résumé du meilleur de la littérature française contemporaine :
Denis-Henri Lévy, Barbès Vertigo
Christine Anxiot, Pourquoi moi ?
Fred Wargas, Tais-toi si tu veux parler
Marc Levis, Et si c’était niais ?
Mélanie Notlong, Hygiène du tube (et tout le tremblement)
Pascal Servan, Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal, tome XXII)
Bernard Werbeux, Des fourmis et des anges
Jean D’Ormissemon (de la Française Académie), C’était rudement bath’
Jean-Christophe Rangé, Les limbes pourpres du concile des loups
Frédéric Beisbéger, 64 %
Anna Galvauda, Quelqu’un m’attend, c’est tout
12/08/2007Genau im Mittelpunkt der Welt (2)
lui : Alors, Madrid ou Berlin ?
1 : - comme tu veux
lui : - ne dis pas « comme tu veux »
1 : - alors Berlin !
Compartiment n° 15, intérieur jour :
lui : - grrrmmpff mmpfff
1 : - Wolfburg, on arrive bientôt !
lui : mrrrrpppff grmmm
1 : - on descend à Bahnhof Zoo , c’est plus simple, mais ce n’est pas la peine de relire Christiane F. on ne fait que passer, on va poser les bagages à Schöneberg. Et là, pour le coup, on peut faire Isherwood et Marlene
lui : - avec les bas résille et le chapeau claque dès 8 heures du matin ?
J’avais promis, Berlin a tenu : la chaleur de l’été, les yeux en l’air rivé aux cimes des immeubles modernes dont les lignes se heurtent au coin de chaque rue, les garçons nus sur les pelouses de Tiergarten, des kilomètres en vélo (« si tu me dis encore que ç’est plat, j’arrête un taxi »), les petits-déjeuners pour commencer l’après-midi, les bars ouverts jusqu’à l’épuisement des buveurs, la quiétude inattendue d’une capitale moderne, les soirées improbables*
* 1 : - putain, mais c’est où l’entrée du Kinzo ?
lui : - toi qui parle allemand [sourire] Demande au videur, là.
1 : - première information : inutile de sourire à un videur berlinois. Sinon, d’après ce que j’ai compris de ses grommèlements, c’est juste de l’autre côté de l’Alexander Platz.
lui : - oh, c’est bon alors, plus qu’un kilomètre à pied. En se dépêchant, on devrait y être avant que la brume ne recouvre entièrement la Fernsehturm.
Et dans la tranquillité d’une ville assoupie par l’été, je découvre qu’il est facile de vivre avec lui, à sentir chaque jour sa présence silencieuse ou moqueuse. De rares échanges moins légers que d’autres, le soir, fatigués par l’après-midi au soleil de Wannsee, me permettent de dessiner avec plus de précision les contours des secrets qu’il garde pour lui. Je les lui laisse sans poser de questions, en échange de son bras le matin glissé sous mon cou et du poids de son corps endormi contre moi.
Pour entendre Marlene, Trude Herr et Keith Caradine, il suffit de cliquer.
09/08/200731/07/200730/07/2007Rions un peu (en attendant la mort)
"Encore une de ces journées à la Bergman, je le crains"
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