31/03/2005Dors toi que rien ne préoccuppe12h de sommeil...!!!...!!!...!!! (j'hésite à en remplir une ligne entière)
Journée d'hier dans la brume, déplacement au sonar (un peu Flipper enrhumé. Est-ce biologiquement possible ?), un style Edina Monsoon ("But, but... what's that darling ?" "It's just sunlight Mummie"), l'activité intellectuelle d'un bulot sous temesta.
Mais :
- sur ma platine, Sinead (Gospel Oak) alterne avec Deller (Music for a while)
- mes journaux GA préférés confirment qu'ils n'ont pas usurpés leur place dans mes options
- et quelques jolis mails
Une journée de brouillard plutôt sympathique, finalement (l'Ecosse est vraiment charmante à cette saison).
30/03/2005"To know, know, kno-ow him
is to love, love, lo-ove him" chantent donc les Teddy Bears en 1958. Produits et entiérement formatés par Phil Spector, ils posent sur une première ébauche, plutôt paisible, du Wall of sound, la douceur de leurs harmonies vocales maîtrisées. L'Amérique blanche trouve là encore un moyen d'écouter de la bonne musique sans être forcée de s'en remettre à ces artistes noirs qui s'imposent de plus en plus mais que non, vraiment, on ne peut tout de même pas passer lors de la partie d'anniversaire de Brenda. Ce sera samedi prochain, dans la maison de ses parents, la même que celle de ses voisins dans cette étendue suburbaine verdoyante, paisible, un peu ennuyeuse. Il y aura une chevrolet verte garée sur la rampe du garage et des ballons de toutes les couleurs. Et Billy devrait venir, alors... Rainy days and mondays always get me down1h10 : au lit, éteindre, dormir.
1h40 : 14e changement de position
2h : boire un verre d'eau
2h12 : (re)lire Libé
2h30 : pas moyen
2h53 : pas envie de lire, pas envie de me relever, pas envie de dormir
3h16 : bon, là, j'ai bien passé en revue tout ce qui ne va pas dans ma vie, je devrais donc pouvoir ne pas dormir encore une bonne demi-heure
3h57 : gagné
6h : réveil (donc j'ai du dormir)
"Et c'est difficile / Le choix d'une vie / Je rêve de choses / Dont j'ai réellement envie". C'est bon Véro, lâche moi, je n'habite pas à Vancouver. 29/03/2005Loustal encore
Ses palmiers, donc. Loustal
Les images de Loustal ont pour moi un charme infini. Ses palmiers, ses ciels, cette ambiance de vacances teintées d'ennui, de roman américain des années 50 et de colonie lointaine. Et je ne sais pas pourquoi, ses palmiers... Jean-Sébastien Fernandes et ses conséquencesA l'écrire en plaisantant à la fin du post précédent, je réalise en fait que cette scène rêvée me trouble de façon inattendue.
Dans une chambre sous les toits,la nuit ( il pourrait même pleuvoir, un peu comme dans le dernier couplet de cette chanson de Norah Jones : "And I want to wake up with the rain / Falling on a tin roof / While I'm safe there in your arms / So all I ask is for you / To come away with me in the night"). A mes côté, dans le lit, l'air un peu endormi, un sourir apaisé, un garçon que j'aimerais. Et je fredonnerais Bahia sans oser le regarder.
Il n'est pas un peu tôt pour penser à tout ça ? Jean-Sébastien Fernandes, encoreEn réaction à vos réactions :
1) Le désir est la chose du monde la mieux partagée. (bravo Damien)
2) A France 3, ils le savent qu'ils ont une icone gay (potentielle) sous la main (je veux dire, à part Jean-Marc Souami qui présente la météo en frétillant comme personne) et qu'ils peuvent aisément récupérer ce secteur d'audience sans être forcés d'entasser 5 dindes dans un 4x4 immatriculé queer ?
3) JSF a écrit de nombreux ouvrages.
Tous sur le sport.
Et la plupart sur le sport automobile.
la preuve : http://...
Pourrais-je vraiment faire ma vie avec lui ?
4) Et si je lui chante Bahia, doucement, à l'oreille ? Jean-Sébastien Fernandes
Quand il annonce les titres, quand il lance les sujets, quand il baisse un peu la tête pour lire son conducteur et que les spots violents du plateaux éclairent ses cheveux incroyablement brillants, quand il sourit (si rarement), ce qu'il raconte n'a plus aucune importance.
Nous sommes le lundi de Pâques, il se remet à pleuvoir et je fantasme sur un présentateur de France 3.
je vais me coucher.
28/03/2005Le Q et l'improbableLe sauna est pour moi un lieu de contradictions. Je viens y chercher du plaisir en espérant aussi des rencontres (et pas seulement des échanges). J’y vais content et presque fier de pousser ces portes de verre dépoli, de retrouver cette odeur un peu écœurante de chlore, de confinement et d’eucalyptus, de fréquenter ces endroits si mystérieux pour qui n’y est jamais entré et en même temps un peu agacé d’être ici pour trouver ce que je ne trouve pas assez facilement ailleurs. J’aime la simplicité et l’évidence de la situation : tout le monde en serviette et chacun pour soi (ou pour tous). Mais je me heurte à chaque fois à la même évidence : le désir circule selon des trajets imprévisibles, dessinant des méandres parfois infinis (le même qui me regarde fixement sur le banc en face de moi m’ignore dans les couloirs), empruntant des raccourcis inattendus (je suis à peine assis dans le hammam que je rencontre les mains de mon voisin) déjouant mes stratégies minuscules.
C’est aussi pour moi le lieu d’un pacte tacite : pas de distanciation, pas d’intellectualisation pour rien et le moins de paroles possibles. Et pourtant, par moments, au détour d’une situation ou d’une phrase entendue, je me retrouve à observer ce qui se passe, et parfois à sourire (« il fait chaud, non ? » entendu dans le hammam / un garçon musclé qui sort d’une cabine en réajustant virilement sa serviette et qui se met à fredonner la chanson des Modern Talking que passent les haut-parleurs / deux étudiants qui discutent dans le sauna des mérites comparés des différents restaurants universitaires / etc..)
Parfois enfin, la situation prend un tour que je n’attendais pas :
- A Nantes, dans la petite piscine du Sauna, je discute natation avec un grand garçon blond, à l’air tranquille et doux et dont la peau est ponctuée de taches de rousseur. Il ne comprend pas ce que lui a expliqué une fois un maître-nageur à propos du crawl, « qu’il faut respirer tous les trois temps ». Cette expression mystérieuse lui apparaît comme le secret caché de cette nage qui le laisse toujours essoufflé au milieu du bassin, vexé et perplexe. Je me retrouve donc à lui montrer les mouvement puis à l’encourager à les faire, comptant avec lui les battements de ses bras. Il me remercie chaleureusement et m’embrasse sur la joue. Etait-je venu pour ça ?
- Dans le bain à remous qui occupe l’angle droit de la pièce centrale de ce sauna de province, nous sommes quatre à nous tenir le long des bancs en plastique bleu ciel, de l’eau jusqu’au menton et pour certains les yeux fermés. A coté de moi, un homme brun, les traits un peu durs, le regard doux, un sourire triste. Il regarde devant lui, l’air absent, il me plaît. Je laisse ma main entrer en contact. Je rencontre le haut sa cuisse. Il ne bouge pas, ne tourne pas la tête, ne change pas de position. Puis ses doigts touchent les miens mais se replient presque aussitôt. Je pose ma main sur la sienne, il ne la retire pas et caresse l’intérieur de ma paume.
Et je retrouve finalement, idée improbable et troublante, Madame de Rénal dans le jacuzzi.
Une chanson pour un lundi soirJeanne Moreau : "Ni trop tôt, ni trop tard"
Paroles: Cyrius Bassiak.
Musique: W.Swingle 1964
Peu m'importe la tyrannie
Et le règne des soudards
Tant qu'il nous laisse la vie
Tant qu'aimer n'est pas trop tard
Dans tes bras ta tendre amie
De nos corps naît (chaque vie)
On fait périr nos cafards
Le bourdon du désespoir
A pétri toute ma vie
Le bourdon du désespoir
Des angoisses les plus noires
Peu m'importent vos sarcasmes
Et vos hoquets goguenards
L'uniforme du marasme
Tant qu'aimer n'est pas trop tard
Dans tes bras ta tendre amie
A repris goût à la vie
En bénissant les hasards
Qui nous firent naître ensemble
Et pas un siècle d'écart
Qui nous fit renaître ensemble
Ni trop tôt et ni trop tard
Que m'importe les mensonges
Dont on broda nos berceaux
Et la faux le ver qui ronge
De la mort des oripeaux
Dans tes bras mon tendre ami
Nous ferons durer la vie
Et nos rires et nos pleurs
Le bonheur comme la peine
Fait pleurer les amoureux
Le bonheur comme la peine
Mais vaut mieux pleurer à deux
Que m'importe le temps qui passe
Et s'éloigne nulle part
Le doux présent nous enlace
Tant qu'aimer n'est pas trop tard
Sais-tu bien mon tendre ami
Qu'un jour se dissout la vie
Comme s'effacent les brouillards
Mieux vaut s'estomper ensemble
Sans une seconde d'écart
Mieux vaut s'estomper ensemble
Ni trop tôt et ni trop tard
A N'importe-où-sur-Loire, suite
Geneviève Asse,
Horizontale bleue
Bimbo et cinéphiliehttp://...
Je ne peux que soutenir le conseil cinéphilique d'Alexandrito !
Ce film (Drop dead Gorgeous) est l'une des critiques les plus virulentes portées contre la société américaine (et sans doute avec beaucoup plus d'humour et de distance que Michael Moore, entendu qu'une critique qui vient de l'intérieur du système trouve pour s'exprimer des voies détournées et donc souvent passionnantes à observer).
En vrac, on y trouve (ne lisez pas la suite si vous comptez le regarder) :
- la plus vieille luthérienne américaine vivante
- des usines de saucisse
- une jeune fille méritante, belle et douce, qui vient d'un milieu défavorisée (mère alcoolique -immense Ellen Barskin-, trailer park, voisins débiles) et qui travaille à la morgue pour payer ses études.
- une jeune américaine d'origine japonaise très fière de l'attaque de son pays sur Hiroshima
- des hordes de Miss idiotes, anorexiques ou siliconnées (mention spéciale à Denise Richards)
- la vision de la sacro-sainte communauté américaine (ville, famille, paroisse, école) présentée comme un nid de jalousies, d'envies et de haine.
- l'impeccable Allison Janney (mais si, The West Wing, Nurse Betty...) en vieille roulure frustrée qui chaperonne Kirsten Dunst lors du concours de beauté (la mère de Kirsten étant immobilisée dans le platre -avec sa cannette de bière moulée au bout du bras- suite à l'explosion criminelle de sa caravane : quand je vous dit que ce film est bien...) qui finit par séduire un caméraman et qui profite d'un passage à l'antenne sur la chaîne locale pour s'écrier "je m'en suis fait un !"
N'importe-où-sur-LoireA Tours, sous le pont Mirabeau, c'est la Loire que l'on regarde couler. Lente, lisse et aujourd'hui grise sous un ciel de pluie.
"La Loire coule, dirait-on, comme pour effacer en même temps le mystère qu'on soupçonne à l'oeuvre dans le surgissement des phénomènes, et le rendre à la transparente simplicité de son abandon. Ainsi nulle dévotion comme m'en inspirent de plus modestes rivières [...] mais une réponse éperduement muette à ce vaste acquiescement." Jacques Réda, N'importe-où-sur-Loire. 26/03/2005"Et vous n'avez pas eu trop de mal à trouver ?" Elizabeth Windsor-Mountbatten, plaisanterie faite lors du dîner d'Etat en l'honneur du président du Tartarstan Un inconnu s'est échoué sur mon blog en cherchant "Tatarstan" sur le moteur de recherche de msn... Je reste un peu perplexe : en quoi suis-je tatare ?
Et moi qui craignez que mes dernières modifications ne donnent à mon journal un air de site pirate du Musée Carnavalet, me voilà rassuré (quoi que...) Port Royal
La société des Amis de Port Royal vient de faire don à l'Etat des ruines qui étaient encore sous sa responsabilité. Les projets officiels ne manquent pas (centre culturel, lieu "spirituel" -?-, etc). Peut-on penser qu'un jour, une simple plaque gravée indiquera que là, dans cette campagne assez douce, entre un étang et des collines boisées, dans les années du milieu du XVIIe siècle, on a fait résonner la langue française d'une extraordinaire façon ?
25/03/2005Longueursj'ai bien tout : mes bouchons d'oreille qui me donnent le profil de Shrek (en plus bleu), mes lunettes qui me laissent autour des yeux des cercles rouges de raton laveur sous acide, mon slip de bain (j'aimerais dire "maillot de bain" mais ce serait un abus de langage, il s'agit bien d'un slip, dans une matière prévue pour résister au chlore et donc pas tellement pour attirer le regard, ces deux objectifs semblant techniquement peu compatibles), mon sac donc (et il assez ridicule de porter un sac en bandoulière en slip, quant on y pense), mes tickets (sinon la dame du vestiaire sera contrainte de baisser Nostalgie pour m'en vendre un autre et je ne voudrais pas la priver de 2 mins de R. Cocciante), ma serviette et mon gel douche aux fruits rouges (une touche ostensible de virilité est toujours bienvenue dans les douches collectives).
A LA PISCINE !!!! 24/03/2005GibouléesLe temps y est forcément pour quelque choses. Cette douceur et ces pluies soudaines, les bourgeons sur les arbres, ces grandes éclaircies : les rues sont pleines de beaux garçons !
Et pas seulement les rues. A la bibliothèque, cet après-midi, l'air sage dans son pull en coton gris-bleu, le front plissé par la lecture attentive d'un article photocopié beaucoup trop petit. Au Monoprix (zone habituellement sinistrée), devant moi, des cheveux courts, une nuque irrésistible, les épaules larges (et un régime alimentaire hasardeux : des cordons bleus sous vides ?). A la piscine, j'hésite à abandonner la brasse coulée pour ne perdre aucune occasion de croiser des regards intéressants.
D'accord, ça vient de moi. France-QDéjeuner en écoutant Debray, autant retourner travailler IMMEDIATEMENT ! (mais pas sans avoir échangé quelques idées de fond sur Lucy Ewing avec de bons interlocuteurs http://...) 23/03/2005The Man That Got Away"The night is bitter,
The stars have lost their glitter,
The winds grow colder,
And suddenly you're older
And all because of
The man that got away.
No more his eager call,
The writing's on the wall,
The dreams you dreamed have all
Gone astray.
The man that won you
Has run off and undone you.
That great beginning
Has seen it's final inning,
Don't know what happened
It's all a crazy game.
No more that all-time thrill
For you've been through the mill,
And never a new love will
Be the same.
Good riddance, good-bye.
Every trick of his you're on to -
But fools will be fools and where's he gone to?"
Il existerait une version de Cher (?) Celle de Jeff Buckley est, à nouveau, hautement recommandée. "Voilà l'hérédité de ma sagesse""Telle est la ville où je suis né : des saints décapités, le livre à la main, veillent à ce que la justice soit juste et que les châteaux soient forts. [...] Voilà l'hérédité de ma sagesse."
Michel Foucault, texte d'une carte postale du 13 août 1981. 22/03/2005"You're a great singer, you know"
Elle ne le croit pas encore tout à fait. Elle aimerait tellement le croire, croire qu'enfin sa chance arrive, qu'elle est vraiment une chanteuse, une bonne chanteuse. Mais il est encore un peu saoûl, et avec son charme, comment être sûre ? "Take it honey ! Come on... Take it from the top." "From the top ?"
Capture d'écran maladroite (le rictus du piansite) et émouvante (l'air perdu de Judy)
Depuis, très belle reprise de cette chanson par Jeff Buckley OK, je m'y remetsPause GA largement méritée, je suis au travail depuis 7h et mes lectures sont des plus arides...
Mes collègues esquivent maladroitement le débat sur la constitution (alors que j'arrive pleins d'arguments chapichapesques et farkassiens) et bottent en touche sur la dégradation météorologique qui pourrait bien nous gâcher les Pâques. Je contre-attaque ce midi avec l'Eurovision, il faudra bien choisir un camp. "Le plus beau nombril du monde"
Presque la courbe d'audience de TF1 (avec le léger sursaut des insomniaques pour les émissions sur la pêche au gardon) à une échelle un rien plus modeste.
Je décide de réécouter la chanson de Burgess ("j'ai le plus beau nombril du monde....").
21/03/2005I look at life from both sides nowhttp://...
Un site moins beau que la musique de son auteur June & Moon & Ferris wheels...
La belle affaireLe hasard ces derniers jours (mais la situation se reproduit finalement assez régulièrement) m'a amené à me voir demander plusieurs fois si j'étais gay (cette formulation semblant désormais la plus évidente, supposée neutre par la distance de la langue étrangère et inoffensive donc, au sens premier du terme). Et comme à chaque fois j'hésite à répondre, avant de répondre et même encore en répondant.
A certains évidemment je réponds oui,"loud & proud", comme la proclamation d'une liberté que je devine implicitement contestée. Ce oui là contient en lui toutes les fois où la question ne m'a pas été posée mais jetée au visage et où l'insulte n'a laissé la place à aucun doute.
A d'autres oui, aussi, pour rassurer et ouvrir l'espace de la complicité et de la reconnaissance.
Mais pour tous les autres, amis de fraîche date, collègues sympathiques, connaissances perspicaces, proches et cousins lointains, je me demande toujours ce que je veux dire quand (si) je réponds oui. Je dis la vérité de mon désir, mais pourquoi le dire à des personnes qui n'en sont pas l'objet ? Et ce désir est-il toujours vraiment celui-là, univoque et sédentaire ? En disant oui, j'accepte également d'appartenir à un groupe dont tout le monde connait désormais les représentations officielles alors même que je ne suis pas sûr d'en partager les traits les plus saillants. J'assume enfin une identité, bien sûr, mais je me conforme ainsi à l'une des injonctions les plus déplaisantes de l'époque, être identifiable, nettement, clairement, par tous et sans ambiguïté. Alors je réponds oui, mais je doute et j'hésite à jouer au demi-habile.
Naturellement, en disant oui, j'attends déjà l'effet de cette identité maintenant assumée. En espérant toujours secrétement m'entendre répondre, comme avait répliqué la grand-mère d'un ami, très grande dame, à son coming out :
"Vous êtes donc "gay" ? La belle affaire !" 19/03/2005Assez bienEst-ce tout l'alcool que j'ai bu ce soir, est-ce la douceur de cette nuit de mars ou le diner avec G. et H. que je retrouve après quelques mois sans nouvelles, toujours heureux, amoureux, drôles et délicieux partenaires de nos conversations improvisées sur des sujets improbables (Insensatez est-elle la meilleure reprise de Murat ? Cindy Sherman vs Nan Goldin, Danny ou Kylie Minogue : qui est la plus vulgaire ? Faut-il voir deux fois Rois et Reines ?) ? Toujours est-il que cette soirée me semble douce et légère.
Je la poursuis en allant prendre un (dernier, oh et puis un autre) verre dans un bar pour garçons. La comédie qui s'y joue, la convivialité un peu forcée, les rôles attendus (sur de la - mauvaise : Guetta ou Starsailor- musique très forte, un des barman se met à danser derrière le comptoir en remontant son T-shirt; accoudés, deux hommes un peu plus agés souris à leur bière, silencieux et attentifs; à une table, deux garçons bien élevés en polo de coton s'embrassent un peu maladroitement) : rien ce soir ne me gêne. Je remarque les portes vitrées ouvertes sur la terrasse, les sourires qui s'échangent, les clins d'oeil du serveur, je salue une ou deux connaissances, je me sens bien. 18/03/2005Tentative nocturne pour promouvoir l'oeuvre de Frédéric Bazille
16/03/2005L'été avant l'été
Ce tableau de Bazille comme l'atmosphère de cette journée exprime tout ce que l'on peut attendre d'un jour d'été. Le soleil au travers des feuilles, la nonchalance et l'impatience mêlées, la chaleur, l'eau, la sensualité et jusqu'à l'improbable de cette composition qui lui donne une couleur de rêverie.
Daho fredonne : "Porté par l'allégresse / et la doucceur de vivre / de l'été qui commence".
Nous ne sommes qu'en mars ? Au dessus des normales saisonnièresIl fait beau et presque tout change imperceptiblement. Comme les grenouilles et les marchands de glaces, j'indexe mon humeur au temps qu'il fait.
"Et quelque chose dans l'air à cela qui préside
Quelque chose de neuf, d'un peu vain, de candide"
Enfin !Je suis sur la hot list d'un inconnu. Mon nombril en clignote de contentement (et à cette heure tardive, seul la tour du PC lui fait de la concurrence). Surtout ne vous dénoncez pas, je redoute d'être victime d'une méprise (il n'y a aucune photo de moi sur mon journal, vous avez peut-être hotlisté Jérémie Kisling, qui certe le mérite mais qui est chanteur, suisse et hétéro. ma prose peut-elle être hot ?) Ne vous dénoncez pas donc, je vous reconnaitrez :
"vous n'aurez pas pour moi de langage secret / j'entendrai des regards que vous croirez muets" PBGP 4"Au fond, je n'écris que pour retrouver la belle sensation du soleil luisant entre les omoplates d'un garçon étendu, ventre et visage contre le sable, dans août qui s'en va."
Philippe Besson, Son frère.
Auteur sans grand intérêt, à mon avis, mais cette phrase... Et puis une anthologie subjective répond à d'autres logiques. Le charme suisse
Sous des faux airs d'Hervé Guibert, Jérémie Kisling est un chanteur hélvète et délicieux. En concert, il reprend l'improbable "Si j'étais un homme"de feue Diane Tell et l'on se prend à croire que ses odes décalées dédiées aux filles et à leurs mystères ne sont pas un obstacle insurmontable. 14/03/2005Anaconda et cinéphilieSur la 6 (pour la 1 voir http://...), en arrière-plan de mes activités du soir (lecture de Libération / consultation de GA / pianotage peu convaincant sur mon journal / grignotage de Figolu / anticipation molle du travail pour demain), un de ces merveilleux films de série B avec animaux géants (sous-sous genre assez pointu mais assez délectable). En l'occurence un Anaconda qui en veut à une équipe improbable composée de :
= Jon-je ne peux pas ouvrir plus les yeux sinon mes sinus cocaïnés vont lacher-Voight
= de Ice-j'ai emporté mon ghettoblaster aux fins fonds de l'Amazonie pour que tout le monde comprenne bien d'où je viens-Cube
= et de Jennifer-putain avec toute cette humidité équatoriale je frise comme une choriste des Supremes alors que je me crève pour avoir les cheveux lisses et puis ce pantalon de treillis ça me grossit derrière ou c'est mes yeux-Lopez.
Pour autant que je me souvienne (visionnage collectif et arrosé il ya quelques années), la fin sauve le film par l'ampleur de son absurdité : les survivants aux attaques répétées du reptile hypertrophié [qui a comme caractéristique d'avaler ses proies et de les recracher a-demi digérées, particularité physiologique amusante qui permet une scène d'anthologie dans laquelle le serpent se dresse et rejette sur le pont du raffiot amazonien qui héberge nos héros les restes de leur coéquipier ingurgité. Avec un regard horrifié (obtenue grace à la méthode de l'Actor Studio en visualisant l'image de sa paire de chaussure préférée aux pieds de l'infame Beyoncé), J-Lo s'écrie : "mais, mais, c'est John !!?!". Une leçon de tragédie], les survivants donc parviennent à attirer l'anaconda (très conda sur ce coup) dans une cheminée d'usine désaffectée (en pleine jungle ? bien sûr), à le faire grimper dedans (en appat le derrière de J-je fais un petit 42-Lo) et à dynamiter le tout. Un grand moment à partager en famille. NadaJournée moyenne : lever difficile après une nuit assez blanche, plus de jus d'orange (le lundi matin ça me semble une bonne raison de se recoucher), trop de monde sur la route et Alain-Gérard Slama qui pose des questions idiotes à Monique Canto-Sperber (dont le visage m'émeut, argument majeur pour apprécier une philosophe), du soleil qu'ils avaient dit mais en fait c'est couvert et assez triste, des collègues toujours aussi gentils et toujours aussi niais (ma brillante démonstration au repas de midi sur l'affrontement Tonya Harding/ Nancy Kerrigan comme métaphore de la fracture sociale américaine n'a été salué par aucun sifflement admiratif), une réunion imprévue mais qui a la bonne idée de commencer à 17h45. Sur le retour, c'est décidé, je passe au sauna, mi-détente mi-punition. Nous sommes 3 a avoir la même idée en ce lundi soir de mars... 2 petits tours, un vague espoir et puis rien. Bon, je ne crois pas aux volontés du ciel, demain sera demain. 13/03/2005Esther Phillips (encore un peu)
Abendwir schlafen sicher bis zum morgen / ob Menschen noch so grausam sind Dimanche après-midiIl fait beau, donc et enfin, comme tout le monde semble le penser dans la rue. A sa fenêtre, au deuxième étage, un garçon prend le soleil. Il porte un t-shirt blanc avec un motif usé par les lavages, il garde les yeux fermés pour ne pas être ébloui, il sourit légérement, on dirait un tableau de Hopper. 12/03/2005Costume folkloriqueMon chauffage "dysfonctionne" (selon le terme employé par le plombier qui a du trop écouter les conseils des avocats assermentés des émissions de Julien Courbet). Il fait donc entre 12 et 15° dans mon bureau. J'ai commencé par mettre deux pulls et une paire de chaussettes achetées en urgence il ya près de 10 ans aux Galeries Lafayette quand il a fait si froid à Paris. Les souvenirs qui s'y rattachent sont agréables, mais il l'ambiance reste polaire. Je rajoute un autre pull à capuche et je tente de m'envelopper dans une couverture pour pouvoir continuer à travailler. J'envisage de sacrifier une paire de gants en laine pour me fabriquer des mitaines mais j'hésite (surtout en raison du risque de ressemblance avec feu Jeanne Mas), et ce n'est guère pratique pour boire la bassine de thé censée m'aider à maintenir ma température corporelle à un degré compatible avec une activité quelconque. Je croise mon reflet dans le miroir et je m'aperçois qu'ainsi emmitoufflé, je ressemble assez à une vieille kolkhozienne en costume traditionnel du Tatarstan. Je me félicite donc d'être seul. Mais s'il y avait quelqu'un dans mon lit, j'aurais sans doute moins froid...
Bon, ok, le week-end commence bien. 11/03/2005Tu mi turbiT.
Chez lui me trouble :
- son regard myope
- sa façon de murmurer "viens" et mon prénom aussi
- le dessin de sa bouche et la dureté abrasive de sa barbe
- son air de s'ébrouer lorsqu'il sort du lit pour changer un disque et qu'il se dépêche d'y revenir parce qu'il a froid, qu'il est tout nu et que les rideaux ne sont pas fermés
- la douceur de sa peau, son dos
- l'ombre qui passe sur son visage quand il me regarde de haut, moi allongé et lui assis sur mes hanches et qu'l me dit qu'on ne doit pas s'attacher, hein, tu sais bien. Encore (un peu de) Nan Goldin
De battre mon coeur... suite
10/03/2005"And I love him", Esther Phillips sings great love songs, Atlantic records, 1964.
Ce n'est pas la photo de la pochette, mais (encore) Nan Goldin Esther PhillipsSur les pochettes de ses disques, elle n'est pas très belle. elle n'a pas l'élégance upper class de sarah Vaughan. Elle sourit, un peu engoncée dans des robes décolletées, les épaules rondes, les cheveux crêpés, l'air d'y croire. Elle n'a pas cette allure de reine du ghetto qu'affiche à la même époque une Dinah Washington. Pourtant, cette minuscule petite femme au regard un peu las est une des chanteuses les plus émouvantes des années 1960. Elle traîne avec elle la réputation d'une terrible emmerdeuse. Elle aurait détruit à coup de batte de base-ball le hall d'entrée de sa maison de disque, celle-là même qui refusait de mettre sa photo en couverture pour les disques vendus dans les Etats du Sud. Elle est noire, et nous sommes dans l'Amérique des civils rights encore mal appliqués. Et puis, découverte très jeune, elle est depuis longtemps habituée à prendre des cachets pour tenir le rythme des tournées. En quelques années, elle est devenue complètement accro. Elle quitte les centres de désintoxication pour enregistrer des disques inégaux puis retourne s'abimer dans la drogue. En 1964, juste avant de quitter Atlantic records, elle enregistre une version d'un succès des Beatles. Les paroles sont adaptées, la session d'enregistrement ne dure qu'une journée, à New-york, le 1er octobre 1964. Sur un accompagnement très simple, peut-être un trombonne, quelques violons, elle chante And I Love Him sans rien retenir de ce vibrato excessif, débordant, presque envahissant qui est sa signature. Elle lui donne tout son amour, son amour ne peut pas mourir, il est près d'elle, les étoiles peuvent briller dans le ciel, et elle l'aime. Le titre sera son dernier grand succès pour Atlantic. C'est la plus belle des chansons d'amour et sa voix chamboule tout. De battre mon coeur s'est arrêtéL'affiche n'est pas très belle (je ne suis guère sensible au charme de Romain Duris, archétype pénible du jeune tel que les médias le perçoivent : mal rasé, pas coiffé, l'air béat et répondant ouais), l'ambiance semble hostile (le sang sur la main, le visage dur), mais ce titre "De battre mon coeur s'est arrêté" m'a laissé là debout, étonné, me répétant cette phrase et sa sonorité d'exercice de grammaire pour francophone malhabile.
C'est peut-être une citation (je n'ai pas encore fait de recherches). Je me répète ces mots depuis tout à l'heure, comme un mantra, comme un secret. 09/03/2005Sur la grêveDemain, théoriquement, grêve, manifestation, revendications et solidarité syndicale. Théoriquement... Les mouvements de ces derniers mois restent trop encore associés à mes moments avec T., lorsque transis par 1 h de protestation collective, nous allions ensuite nous réchauffer chez lui, à prendre un café, d'abord, puis assez rapidement dans son lit, blottis, tendres et fatigués.
T. défilera surement demain, et il me laissera un texto pour que je puisse le retrouver dans le cortège. Après tout, il aime toujours refaire le monde avec moi, surtout depuis la fin de notre brêve relation. Et si j'accepte, alors je serai content de retrouver son regard moqueur, sa voix qui nasille un peu, sa barbe jamais rasée de près et les deux tourbillons bruns que ses cheveux dessinent en haut de sa nuque. Pour le reste, il doit faire froid demain, avec ce vent du nord qui fait si facilement venir les larmes aux yeux. PBGP (3) " Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée.
Je l'aime, non point tel que l'ont vu les enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du dieu des morts déshonorer la couche,
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs après soi,
Tel qu'on dépeint nos dieux, ou tel que je vous voi.
Il avait votre port, vos yeux, votre langage,
Cette noble pudeur colorait son visage
Lorsque de notre Crète il traversa les flots,
Digne sujet des vœux des filles de Minos.
Que faisiez-vous alors ? Pourquoi, sans Hippolyte,
Des héros de la Grèce assembla-t-il l'élite ?
Pourquoi, trop jeune encor, ne pûtes-vous alors
Entrer dans le vaisseau qui le mit sur nos bords ?
Par vous aurait péri le monstre de la Crète,
Malgré tous les détours de sa vaste retraite.
Pour en développer l'embarras incertain,
Ma sœur du fil fatal eût armé votre main,
Mais non, dans ce dessein je l'aurais devancée :
L'amour m'en eût d'abord inspiré la pensée.
C'est moi, Prince, c'est moi, dont l'utile secours
Vous eût du Labyrinthe enseigné les détours.
Que de soins m'eût coûtés cette tête charmante !
Un fil n'eût point assez rassuré votre amante :
Compagne du péril qu'il vous fallait chercher,
Moi-même devant vous j'aurais voulu marcher,
Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue
Se serait avec vous retrouvée ou perdue."
Racine, Phèdre.
Le versant G est moins évident que pour Camus ou White (en revanche Lagarde et Michard ne sont pas loin), mais ce n'est pas forcément une femme qui parle (etil est bien des garçons fidèles, fiers et même un peu farouches). Et cette pièce me semble toujours être celle qui met à jour, avec le plus de netteté, les conséquences implacables d'un aveu du désir.
PBGP 2"Il était cinq heures du matin. Je suis entré dans le square qui forme la pointe de l'ile St louis et d'où l'on peut, en enjambant d'autres barrières, accéder à des quais, en contrebas, un cap, d'autres taillis. Quatre ou cinq dragueurs croisaient dans ces parages, un assez beau graçon était agenouillé devant un autre, qui s'arc-boutait contre un arbre. J'étais moi-même sans désir immédiat, libre, détaché, absent en quelques sorte à ces ombres, à ces quêtes, ces rares accordailles entre deux eaux. le paradoxe, c'est que tous ces promeneurs ne sont pas enchanté, loin de là, qu'il en est beaucoup de honteux, d'amers, de transis, de moralement lucifuges. Fréquenter la nuit les jardins publics, ce n'est certes pas une preuve de liberté sexuelle, ni de rapports heureux avec sa propre volupté. [...]
Et pourtant je sentais une fois de plus, de toutes mes forces, que là était bien mon univers, que ces marcheurs obstinés étaient mes frères, que j'étais pour toujours de leur côté de la barrière, contre les dormeurs, les vertueux et les indifférents; que ce jardin c'était mon camp, ce fleuve mon ami, cette beauté mon sommeil, et cette veille ma joie."
Renaud Camus, Aguets - Journal - 1988, p. 300. Petite Bibliothèque Gay Personnelle (PBGP)"Mais c’était bien plus simple que cela : depuis l’enfance j’avais voulu quelque chose de beau qui fut à moi, un homme qui eût de beaux cheveux, de belles dents, de belles mains, une belle peau, de beaux reins, de beaux os, une belle façon de marcher sur la pointe des pieds, de lever une cuillère avec sérieux, simplement à ses lèvres, de se gratter le cou, de pisser un jet puissant et dur, de se jeter franchement d’un plongeoir, sans avoir peur, de dormir une main derrière la tête, quelqu’un aux lèvres pleines et rouges, au ventre finement saupoudré de poils dorés, avec des poils plus longs et foncés, plus soyeux autour du scrotum, dont les muscles fussent plats et suggèrent même au repos le pouvoir de retenir, de serrer, dont la peau fût chaude au toucher comme un pot de terre laissé au soleil, quelqu’un de si beau qu’il n’eût jamais connu que des amours romantiques, quelqu’un qui n’eût jamais fait le premier pas, dont les paumes fussent durcies et le cou hâlé par le travail manuel, quelqu’un dont l’haleine fût douce et si chaude qu’elle embuait la vitre de son côté de la voiture, tandis que les autres passagers étaient assis près de verres honteusement transparents, quelqu’un qui sût instinctivement comment remonter le col de son manteau en cachemire ou ne pas boutonner son pyjama en coton blanc pour laisser voir sa poitrine plate comme un fourreau, quelqu’un qui fût doué d’une curiosité intellectuelle si absorbante qu’il ne se fût jamais beaucoup intéressé à son physique, dont les cheveux fussent aussi lourds, épais et raides que le cordon qui sépare un chef-d’œuvre du public."
Edmund White, La symphonie des adieux /The farewell symphony. 07/03/2005I was petrified, (but then...)Bon, finalement, j'ai survécu.
Un dimanche particulièrement dominical cependant, provincial, gris, froid, assez solitaire, pas très productif intellectuellement (les 3 pages à écrire inscrite sur mon planning sont toujours à écrire), sans désirs particuliers sinon celui d'être déjà au jour d'après.
Comme souvent, la réalisation de nos voeux les plus chers se révèle être une punition de l'Eternel puisque je retrouve ce matin mes collègues plus ternes que jamais. Le sommet est atteint au repas de midi (habituellement j'évite la convivialité professionnelle mais ce n'est pas toujours possible) avec une conversation de 20 minutes sur le choix des prénoms pour les enfants (passés, présents et à venir, tout ce monde là est très prolifique). J'hésite à tomber la tête la première dans mon assiette (je renonce, c'est à la sauce tomate -du poisson ? indéfinissable- et j'ai mis une cravate à laquelle je tiens beaucoup) pour signaler que je suis foudroyé d'ennui mais j'opte finalement pour un peu de mauvais esprit, toujours bienvenu sur son lieu de travail, surtout si l'on souhaite avoir de la place autour de la machine à café. J'explique donc à C. (gentille mais dont la vie s'articule autour du chantier de construction du pavillon sur garage en sous-sol en zone périurbaine qui est le vrai projet de son couple, un peu comme Khéops et Hatchepsout avec la grande pyramide) que j'ai récemment renoncé à rendre viste à une copine qui venait d'accoucher parce qu'elle avait prénommé son mouflet Albin et que je trouve qu'il était temps de poser des limites nettes à la dérive onomastique actuelle (plus je dis des conneries, plus j'emploie des grands mots, ça compense). Je devine à son regard un peu inquiet qu'il me faut désormais également renoncer à être considéré comme un collègue sympathique. Quel dommage. 06/03/2005First I was afraid...Comment fait-on pour survivre aux dimanches après-midi ? 04/03/200503/03/2005Poudreusela neige a toujours sur moi les mêmes effets secondaires : une joie infantile, l'oubli des minutes qui passent à regarder les flocons par la vitre, hébété et ravi, l'étonnement de voir la ville que je connais si bien devenir un panorama sibérien (avec la chanson de Lara en fond sonore*). A la bibliothèque, tout le monde lève la tête de son livre et de son travail pour regarder la neige tomber, et esquisser un sourire.
* ou "Last christmas (I gave you my heart)" si je traverse une période intellectuellement difficile. Cette chanson doit être l'hymne des dindes gay. 01/03/2005Dans l'eauDéjà, au bout de 800 m (soit 32 longueur dans ce ridicule bassin de 25 m, sous prétexte que le 50 m est réservé à l'entrainement des membres du club de natation, demi-dieux bruyants et épilés qui s'arrosent sous les douches les joues gonflées d'eau), je commençais à en avoir assez. Je me motive quand même pour 1000 m en pensant aux lois du marché du désir telles qu'elles s'appliquent, ici comme ailleurs, chez les gays. 8 longueurs plus tard, je retire mes lunettes, les yeux cerclés de marques rouges,les oreilles bourdonnantes, le souffle court et il est là, dans l'eau de la ligne de nage, juste à côté. Il n'a pas changé depuis cette soirée il y a maintenant plus de 6 mois, dans le bar pour garçons que je fréquente irrégulièrement. Le même nez un peu busqué, les joues pleines, un sourire qui semble moqueur, les yeux clairs.
J'avais alors passé la soirée entière à le regarder jouer de la guitare, le coeur battant, pris dans 1000 contradiction (lui parler, non, si, bien sûr, lui dire quoi, il est pas gay, il est juste musicien, il me regarde, non, il n'est pas seul, etc...), inquiet, tendu, déboussolé, ravi. J'avais pensé faire passer dans le journal une de ces annonces improbables dans lesquels des garçons romantiques vêtus de bleu foncé, supplient leur voisine du TGV Paris-Macon, vêtue, elle, de rouge (ou lisant un livre d'Amélie Nothomb) de reprendre contact avec eux pour enfin donner un sens à leur vie. Je lui aurais dit comment en quelques regards j'avais réussi à croire que tout pouvait enfin commencer, et que nous verrions ensemble combien c'était simple le bonheur. Je n'ai rien osé, je suis parti et je ne l'ai pas oublié.
Il est donc toujours en ville, et parfois même à la piscine et toujours aussi beau. Il nage un crawl rapide et bruyant, ses bras s'abbatent sur l'eau régulièrement, il respire tous les 3 ou 4 mouvements. Je sors de l'eau. Je lui parlerai une autre fois. La timidité n'est pas soluble dans l'eau chlorée*.
* je dois cette dernière remarque à Mr Patton, merci à lui.  |