23/12/2005Programme des réjouissancesAvec un peu de chance* :
- A. & J., S. & M. et J. seront eux aussi à Paris, disponibles, amicaux et drôles.
- Je lui dirai "ce secret qui me tord le coeur" et il haussera à peine un sourcil, fraternel et souriant.
- Il n'y aura presque personne dans la salle des manuscrits occidentaux.
- Il neigera.
- Je prendrai avec E. un café dans un bar bruyant de la rue de Provence ou vers St Lazare.
- J'irai voir l'exposition Motherwell.
- Il sera là quand je rentrerai.
* résolution : remplacer chance par courage / effort / organisation / simplicité. 19/12/2005Faisceau de présomptions (Fuck, it's Christmas)- Ma ville est décorée comme Tirana pour le cinquantième anniversaire d'Enver Hodja (en 1958, donc).
- Les commerçants sont encore plus désagréables que d'habitude (sauf ma dealeuse de thé, sorte de sous Sonia-Rykiel en pleine décompensation qui pour me convaincre d'essayer une nouvelle variété me brandit sous le nez une boite ouverte en feulant : "Sentez ! Voyagez ! C'est Bali ! ").
- Les suppléments des journaux m'enjoignent de faire l'acquisition d'une paire de boucles d'oreille à 215 000 euros (Le Monde), d'un beau-livre sur la cuisine du terroir (Libération) ou d'un ensemble de 12 godemichés (pardon, 12 sex-toys) à utiliser en fonction de son signe astrologique (Le Figaro) [un petit jeu pour les fêtes : redonne à chaque suggestion son quotidien. Attention, il ya un piège]
- Les hebdomadaires féminins me promettent un "réveillon sexy-gourmand" (en famille ? quelle horreur !) mais uniquement si j'ai "perdu 3 kilos avant les fêtes".
- Chez le disquaire, Virginie-la-caissière-neurasthénique (c'est écrit sur son badge) partage son espace-clientèle avec une étudiante chargée de pré-frisotter le bolduc pour les paquets cadeaux.
- Dans les rues, des bandes de lycéennes en jean taille basse (je croyais que c'était fini ?) et doudoune blanche écument en piaillant tous les hauts lieux de l'élégance (Jennifer, Pimkie, Etam) dans l'espoir d'y trouver la tenue "100% Glam" (mais 90% synthétique/10% polyester) promise par un immense sticker brillant en vitrine.
- A la radio, des voix enjouées me parlent de "poulardes et chapons" comme pour annoncer une re-rediffusion des Rois Maudits.
Bon, il faut s'y faire, c'est Noël. Alors, pour lutter contre l'invasion des guirlandes moches dans les endroits improbables (cf. photo) et pour mettre en application les principes de vie de (encore elle ?) Sonia Rykiel (nouveau gourou bobo en boucle sur les ondes pour la promotion d'un improbable "ouvrage de réflexions et de pensées sur la mode et sur la vie") qui déclare "le luxe, c'est l'éclat, pas le brillant", je proclame avec Jill Scott :
"C'est Noël, vive le doré" (il suffit de cliquer) 07/12/2005Liste de voeux (j'aimerais bien avoir :)
Une photographie. Un grand format, un beau tirage. Une image troublante ou intrigante, inquiétante, émouvante et belle. Une photo que je pourrai regarder longtemps et redécouvrir parfois. Elle pourrait même n’être pas de Nan Goldin.
Un réfrigérateur rouge vif aux angles arrondis, laqué brillant, clinquant, 50’, avec une grosse poignée chromée. J’y mettrai ce que je voudrai : ma nourriture comme convenu, mes crèmes de jours dans le bac à légumes comme Madame-Catherine-Deneuve, mes pulls en mohair comme Brigitte Fossey dans La Boum et parfois mon cœur comme dans la chanson.
Des livres à lire, des films à voir et des chansons à écouter. Du nouveau, de l’ancien oublié, des imprévus, de l’inattendu. De quoi garder la lumière allumée jusque très tard dans la nuit, des textes à lire à haute voix, des airs à fredonner toute la journée, des paroles qui consolent, des films pour s’engueuler avec les copains, des répliques imparables, des scènes à faire pleurer, de quoi danser encore quand le jour se lève.
New-York. En avion, par bateau, à la rame, peu importe. Quelques jours ou une semaine et tous les clichés : Ellis Island, Manhattan, Central Park et la 5e, la spirale de Lloyd Wright, les taxis jaunes, tout, la vapeur du métro, nolita, tribeca, tout, le cœur d’un monde où le soleil se lève sur le Lower East Side et se couche sur le Lower West Side. Tout, tout, tout.
Suffisamment de matins ensommeillés à deux, les rideaux tirés, le soleil dehors, les plis aux coins des yeux et le sourire aux lèvres, moi dans ses bras ou lui dans les miens. Suffisamment en tout cas pour supporter certains soirs tout seul.
04/12/2005"And you can dance / Chante, danse, et mets tes basquettes For inspiration / Chouette, c'est sympa tu verras Come on... / Viens I'm waiting / Surtout n'oublie pas..."(traduction libre)
Post en retard
C'était une boum du samedi soir. Une vraie boum (concept en soi). Un de ces appartements parisiens dans lesquels les provinciaux hésitent toujours à demander "euh... mais , il ya une autre pièce ?" avant de reconnaitre "non, mais il est bien agencé, en fait" en faisant mine d'oublier le plaisir qu'ils ont eu à traverser la place de la République luisante sous la pluie. Dans la chambre, les manteaux des invités empilés sur le lit. Dans la dancing room, les meubles poussés contre le mur, une table avec les basiques de la boum (parts de pizza / légumes en batonnets / taboulé / Marie-Brizard au Curaçao / gateau au chocolat). Des filles, des garçons, presque tous masqués, souriants. Quelques têtes connues, en vrai déjà ou croisées ici, les rituels de présentation ("Et toi, tu connais qui ici en fait ?") et les éclairs d'absurdités des conversations de soirée ("Je m'appelle V. mais... euh... en fait, je suis pas l'autre V. qui est à cette soirée aussi" / "Ah, c'est toi ! Ok, on rentre ensemble je crois. Tu as vu ma tresse ?" / "Non, non, vas-y, les olives ne sont pas à moi, de toute façon je suis un copain de P.").

Sur la programmation endiablée de Fantomiald, je danse avec application. La photo 1 est trompeuse. Elle témoigne des rencontres de cette soirée mais assez peu de mon attitude finalement réservée (en revanche, en cliquant dessus, on retrouve Catherine Ringer, que j'entends toujours chanter omme une vieille copine, en un très léger remix de Marcia Baïla). La photo suivante semble plus exacte, où je me tiens en arrière-plan dans un quant-à-soi souriant. Le DJ y met en application le précepte impératif proclamé sur le t-shirt d'un qui aurait pu être sur la photo : danser = vivre.
5 h du matin, selon une logique diététique là encore propre à "la boum", l'exhumation d'un paquet intact de Curly fait la joie des survivants. 6 h 30, pour ne pas m'endormir dans le métro, je fixe les lumières dehors, celles des tunnels et celles des quais de moins en moins déserts. Il pleut, j'ai sommeil, c'était bien.
02/12/2005Sida / représentations
Pour la journée mondiale de lutte contre le sida, les associations locales ont organisé, entre autres manifestations, la représentation d’une pièce sur la maladie et les enjeux de la prévention. Une dizaine de saynètes montrent les différents problèmes posés par la prévention (l’usage du préservatif entre garçons et filles, entre garçons, les risques de transmission chez les toxicomanes). En fil rouge, un acteur qui incarne le sida lui-même vient se féliciter du relapse actuel ou se lamenter des progrès des traitements. Il termine la pièce nu et conspué, les autres personnages lui arrachant un à un ses vêtements en même temps qu’ils affirment leur volonté commune de s’aimer librement et de se protéger. Au-delà des défauts (ou des charmes) du théâtre amateur, le texte et sa mise en scène me laissent perplexe.

Perplexe, car ce « personnage du sida » est montré sous un jour diabolique. Barbiche pointue, favoris en zig-zag et sourcils noirs, vêtu de cuir également noir et d’une chemise rouge, il fume le cigare en surjouant un Méphistophélès lubrique et ricanant. Une fois encore ce sont donc les mêmes métaphores qui reviennent, archaïques et lointaines, à peine actualisées par le costume de rocker-businessman du personnage. Or cette métaphore qui peut sembler évidente (le sida est un être maléfique qui œuvre sournoisement à la destruction de l’humanité) entrave l’appréhension rationnelle de cette maladie. Car au travers de la vieille figure du diable faustien, on retrouve tout ce qui accompagne et alourdit cette maladie : la culpabilisation des malades (les modes de transmission renvoyant au péché chrétien), l’irrationnel (comment déjouer les projets du malin sans entrer dans la pensée magique) et le sentiment de l’impuissance (le sida comme avatar moderne du mal éternel).
Dès lors, il devient difficile de voir le sida pour ce qu’il est avant tout : un agent infectieux pathogène à combattre, une maladie mortelle que les tri-thérapies permettent, dans les meilleurs des cas et avec un coût humain et matériel élevé, de transformer en pathologie chronique évolutive, un immense enjeux de santé publique (avec ses scandales absolus, ses reculs et ses avancées). Susan Sontag le montre beaucoup mieux que je ne le fais ici maladroitement : les métaphores du sida sont des obstacles à une vision plus juste et plus claire de cette maladie, elles nous détournent de ce qui doit être la seule attitude qui vaille : la lucidité et le combat.
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