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(mis à jour lundi 22 décembre 2008 à 11:58)

21/03/2005

21/03/05 - 19:13

La belle affaire

Le hasard ces derniers jours (mais la situation se reproduit finalement assez régulièrement) m'a amené à me voir demander plusieurs fois si j'étais gay (cette formulation semblant désormais la plus évidente, supposée neutre par la distance de la langue étrangère et inoffensive donc, au sens premier du terme). Et comme à chaque fois j'hésite à répondre, avant de répondre et même encore en répondant.
A certains évidemment je réponds oui,"loud & proud", comme la proclamation d'une liberté que je devine implicitement contestée. Ce oui là contient en lui toutes les fois où la question ne m'a pas été posée mais jetée au visage et où l'insulte n'a laissé la place à aucun doute.
A d'autres oui, aussi, pour rassurer et ouvrir l'espace de la complicité et de la reconnaissance.
Mais pour tous les autres, amis de fraîche date, collègues sympathiques, connaissances perspicaces, proches et cousins lointains, je me demande toujours ce que je veux dire quand (si) je réponds oui. Je dis la vérité de mon désir, mais pourquoi le dire à des personnes qui n'en sont pas l'objet ? Et ce désir est-il toujours vraiment celui-là, univoque et sédentaire ? En disant oui, j'accepte également d'appartenir à un groupe dont tout le monde connait désormais les représentations officielles alors même que je ne suis pas sûr d'en partager les traits les plus saillants. J'assume enfin une identité, bien sûr, mais je me conforme ainsi à l'une des injonctions les plus déplaisantes de l'époque, être identifiable, nettement, clairement, par tous et sans ambiguïté. Alors je réponds oui, mais je doute et j'hésite à jouer au demi-habile.
Naturellement, en disant oui, j'attends déjà l'effet de cette identité maintenant assumée. En espérant toujours secrétement m'entendre répondre, comme avait répliqué la grand-mère d'un ami, très grande dame, à son coming out :
"Vous êtes donc "gay" ? La belle affaire !"

commentaires

21/03/05 - 19:45

Il ne tient qu'à toi de changer les clichés qu'on les autres personnes au niveau de l'homosexualité et de montrer que tous les homos ne sont pas comme on voit à la télé ou ailleurs que tu ne partages pas forcément leur point de vue. On est libre de se forger son identité. Il faut arrêter de regrouper les personnes dans des classes en fonction de certains critères que ne peuvent en rien nous résumer. Nous somme plus qu'une orientation sexuelle, mais avant tout nous sommes des êtres humains !

21/03/05 - 22:18

J'aime beaucoup ton texte.. et je te comprends. pour m'être posé la même question..

Ceci dit, tes affects ne t'amènent -elles pas à avoir certaines positions intellectuelles?? ëtre gay, ce n'est pas seulement coucher avec un garçon, c'est aussi penser d'une manière singulière, déplacer le problème intellectuel, c'est aussi avoir un rapport particulier avec le secret et avec le mensonge.

J'ai grandi avec la représentation de l'homo comme Michel Serrault dans la cage aux folles.. ce que j'ai refusé totalement ..je n'ai commencé à m'accepter en tant qu'homo que le jour où je suis tombé amoureux fou d'un type qui échappait totalement à ces critères. un homme qui ressemblait plus à Aillagon qu'à la drag queen et m'en a montré d'autres tout aussi différent.. On peut être un homme, en désirer un autre sans se répugner.. Notre époque change et nous montre justement de nouveaux modèles.. et nous pouvons construire de nouveaux modèles..

Tu dis avoir fréquenté un sauna.. tu as pu remarqué qu'il y a une grande diversité et que la plupart des mecs sont franchement conventionnels..

21/03/05 - 22:44

>ansem : je ne dis pas autre chose que ta dernière phrase. Et je pense donc qu'en répondant par l'affirmative à la question de mon orientation sexuelle, je m'affirme comme tel ET que je me réduis (temporairement et pour les autres, je me sais plus multiple) à cela dans le même mouvement. A la question "es-tu gay ?", il convient sans doute de répondre : "entre autre"

> zopiros : j'aimerais être sûr que l'affirmation de cette identité ne fige pas immédiatement celui qui la prononce dans un jeu de représentations aujourd'hui bien établi. La diversité est présente partout, la convention, la norme et le poids du controle social aussi, peut-être même plus encore dans une "communauté".
pour ce qui est de s'accepter en tant que, il y a des jours ou je ne m'accepte déjà pas comme "individu devant se lever pour aller travailler et avoir des contacts sociaux" (pirouette finale, sortie de piste, coup de cymbale)

21/03/05 - 22:58

Ce n'est pas toujours facile de s'accepter.. mais rappelle toi de ce que disait Luther "Je suis ce que je suis et rien ne peut y changer"..

c'est bizarre quand même un présocratique qui parle de Luther à un type aussi loin de lui..

17/07/05 - 16:56

je réponds "pourquoi ?" comme à toutes les autres questions que je ne me suis jamais posé à moi-même.

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