La belle affaire
Le hasard ces derniers jours (mais la situation se reproduit finalement assez régulièrement) m'a amené à me voir demander plusieurs fois si j'étais gay (cette formulation semblant désormais la plus évidente, supposée neutre par la distance de la langue étrangère et inoffensive donc, au sens premier du terme). Et comme à chaque fois j'hésite à répondre, avant de répondre et même encore en répondant.
A certains évidemment je réponds oui,"loud & proud", comme la proclamation d'une liberté que je devine implicitement contestée. Ce oui là contient en lui toutes les fois où la question ne m'a pas été posée mais jetée au visage et où l'insulte n'a laissé la place à aucun doute.
A d'autres oui, aussi, pour rassurer et ouvrir l'espace de la complicité et de la reconnaissance.
Mais pour tous les autres, amis de fraîche date, collègues sympathiques, connaissances perspicaces, proches et cousins lointains, je me demande toujours ce que je veux dire quand (si) je réponds oui. Je dis la vérité de mon désir, mais pourquoi le dire à des personnes qui n'en sont pas l'objet ? Et ce désir est-il toujours vraiment celui-là, univoque et sédentaire ? En disant oui, j'accepte également d'appartenir à un groupe dont tout le monde connait désormais les représentations officielles alors même que je ne suis pas sûr d'en partager les traits les plus saillants. J'assume enfin une identité, bien sûr, mais je me conforme ainsi à l'une des injonctions les plus déplaisantes de l'époque, être identifiable, nettement, clairement, par tous et sans ambiguïté. Alors je réponds oui, mais je doute et j'hésite à jouer au demi-habile.
Naturellement, en disant oui, j'attends déjà l'effet de cette identité maintenant assumée. En espérant toujours secrétement m'entendre répondre, comme avait répliqué la grand-mère d'un ami, très grande dame, à son coming out :
"Vous êtes donc "gay" ? La belle affaire !"
21/03/05 - 19:45
Il ne tient qu'à toi de changer les clichés qu'on les autres personnes au niveau de l'homosexualité et de montrer que tous les homos ne sont pas comme on voit à la télé ou ailleurs que tu ne partages pas forcément leur point de vue. On est libre de se forger son identité. Il faut arrêter de regrouper les personnes dans des classes en fonction de certains critères que ne peuvent en rien nous résumer. Nous somme plus qu'une orientation sexuelle, mais avant tout nous sommes des êtres humains !
ansem