Pour Patricia (3)
C'est le milieu de l'été et la fin du siècle. Un samedi d'août 1999 ma copine Sophie se marie. Ma "copine", vraiment. Presque "ma vieille copine", avec fous rires et tapes sur l'épaule. Elle a réussi à réunir dans ce hameau des Alpes de Haute-Provence des parisiens effrayés de traverser le périphérique (et encore un peu vaseux suite à leur vaccination contre la fièvre jaune, on ne sait jamais), des bretons angoissés par le paysage d'herbe sèche et le bruit des cigales, deux canadiens membres d'un groupe de rock alternatif, chargés de massacrer une suite de Bach au violoncelle lors de la cérémonie dans l'église (ce qu'il feront avec une grande conscience professionnelle), une partie de sa famille (l'autre ne parlant plus à la partie présente), sa soeur à l'humour corrosif (Daria en plus adulte ou Miranda Hobbes en moins rousse) et une poignée d'anciens amis du collège et du Lycée, dont moi.
En 6e, à l'âge où l'on renierait sa famille pour s'intégrer à un groupe, elle me montre que l'on peut se moquer parfois du regard des autres (j'ai mis du temps à la croire). En 4e, elle me convainc de lire Calvino. L'année suivante, elle sort avec le frère de sa correspondante allemande, géant blond d'au moins 18 ans et, encore plus fort, le largue avant même la fin de notre séjour linguistique en Bavière (à cet âge, boire des Bier-cola dans des biergarten me semble le comble de l'indépendance). Je suis muet d'admiration. En terminale, tous les lundi matins, pendant l'heure d'anglais, elle me raconte comment elle fait le mur le samedi soir pour retrouver son amoureux et passer la nuit avec lui. Puis elle part continuer ses études dans une autre ville. Elle écrit peu, on s'appelle rarement. Un jour elle m'annonce qu'elle a rencontré le bon garçon, celui avec qui c'est pour de vrai. Elle me présente Thomas : brun, sérieux, brillant, pas très drôle.
Le jour du mariage il fait très chaud. Au maire, dans la minuscule salle des actes, Sophie répond "Bien sûr !", je suis son témoin. Plus tard dans la soirée, nous buvons un peu trop sous les guirlandes lumineuses de bal de 14 juillet accrochées dans les platanes. Je suis chargé de mettre la musique pour que l'on commence à danser (le village est trop loin, même les pires DJ ambulants n'ont pas voulu se déplacer). J'ai déjà prévu quelques titres incontournables : Brother Louis, en hommage à nos boums, Losing my religion pour le voyage à Rome en 1991, Papa don't preach pour sa période adolescente.
Et Patricia Carli.
28/04/05 - 10:55
je n'ai encore jamais été témoin à un mariage, ni DJ de mariage, ce qui serait le couronnement de ma carrière !
the-graduate