J'écoute : Little Boots / Eva Cassidy / Ladyhawke
Je regarde : l'écran de cet ordinateur
Je lis : Allan Hollinghurst
Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
Je bois : de l'eau
Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 22 décembre 2008 à 11:58)

13/05/2005

13/05/05 - 19:02

Le décousu de la conversation

"C’est une chose singulière que la conversation, surtout lorsque la compagnie est un peu nombreuse. Voyez les circuits que nous avons faits. Les rêves d’un malade en délire ne sont pas plus hétéroclites. Cependant, comme il n’y a rien de décousu ni dans la tête d’un homme qui rêve, ni dans celle d’un fou, tout tient aussi dans la conversation ; mais il serait quelquefois bien difficile de retrouver les chaînons imperceptibles qui ont attiré tant d’idées aussi disparates. Un homme jette un mot qu’il détache de ce qui a précédé et suivi dans sa tête ; un autre en fait autant et puis attrape qui pourra. Une seule qualité physique peut conduire l'esprit qui s’en occupe à une infinité de choses diverses.
Prenons une couleur, le jaune, par exemple. L’or est jaune, la soie est jaune, le souci est jaune, la bile est jaune, la lumière est jaune, la paille est jaune; à combien d’autres fils ce fil jaune ne répond-il pas? La folie, le rêve, le décousu de la conversation consistent à passer d’un objet à un autre par l’entremise d’une qualité commune.
Le fou ne s’aperçoit pas qu’il en change. Il tient un brin de paille jaune et luisante à la main, et il crie qu’il a saisi un rayon de soleil. Combien d’hommes qui ressemblent à ce fou sans s’en douter; et moi-même peut-être en ce moment..."

Lettre à Sophie Volland, le 20 octobre 1760

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