J'écoute : Margo Guryan / Jamie Lidell
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Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
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Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

30/08/2005

30/08/05 - 19:23

Barcelone, guide subjectif :
"We’ll take a holiday you know I’d love you better"

Un séjour à Barcelone : où se loger ?

Primero
Lorsque je pousse la porte de B., je me retrouve dans le très long couloir qui dessert les pièces blanches et moulurées d’un appartement XIXe, pas très loin de la Via Laietana. Ils sont tous réunis autour du dîner, sur la terrasse et m’incitent bruyamment à les rejoindre. Je dépose ma valise et je remonte le couloir, remarquant au passage la rangée de sièges de cinéma en bois le long du mur, la chambre au lit défait, le salon avec son canapé blanc et sa sculpture lumineuse. J’écarte les branches d’un ficus, j’entre sur la terrasse, ils lèvent la tête, rivalisent d’exclamations exagérées, je souris, les vacances commencent.

Atico
J-M et L. m’ont laissé la garde de leur appartement tout en haut de la ville, près du parc Guëll. Décoration quasi-almodovrienne (portes coulissantes vert pomme, coussins en fausse fourrure, boule à facette dans les toilettes, fauteuils gonflables) par ces deux garçons souriants qui se marient en novembre (la gauche espagnole fait ce qu’elle dit et applique, incroyable, un programme de gauche ; nous évitons les discussions politiques franco-espagnoles, qui nous valent au mieux des regards compatissants et le plus souvent des remarques acides). De la terrasse, je vois la mer.



Sobre atico
S et M, les amis français qui forment le pivot du petit groupe habitent un cube de verre sur la terrasse d’un immeuble de Gracia. Le mur vitré de la douche donne sur les tours de la Sagrada Familia. La grande table à l’ombre est le lieu de discussions acharnées et d’évocations nostalgiques (S., E. et B. ont vécu leurs 20 ans dans le Barcelone du début des années 90. Dynamisée par les jeux olympiques, la ville connaît à cette époque une movida à retardement) qui dévient toujours vers le souvenir des garçons rencontrés, séduits, aimés et depuis perdus de vue.


Un séjour à Barcelone : comment se déplacer ?

La voix du métro roule les R pour annoncer en catalan, puis en castillan, : « Proxima estacion : Valcarca ». La rame climatisée est pleine de touristes, de banlieusards et de barcelonais qui vont à la plage en sortant du travail.

Nous descendons l’avenue Diagonal dans la voiture d’E. qui conduit doucement, repérant les changements nombreux et les quelques permanences dans l’urbanisme de la ville. Il fait un peu lourd. Sonnés par le soleil, le vent et les baignades répétées dans les vagues de cette crique au nord de Tarragone où nous avons passé la journée, D. et moi somnolons doucement. Dans les hauts parleurs, Rebeka Del Rio chante Llorando en prononçant « jolando », à la mexicaine et avec le plus de déchirement possible dans la voix.

D’une main je grignote l’enseimada à la confiture de melon d’eau (drogue dure) qui me tient lieu de petit déjeuner, de l’autre je guide mon vélo dans la descente vers Gracia puis la place de Catalogne et le Raval avec le Macba comme objectif. Il fait beau, je fredonne une chanson idiote, la ville est à moi. Jusqu’au moment où j’évite de très peu la portière d’un taxi et deux touristes néerlandais qui m’insultent en agitant leur guide.

L’orage hésite à éclater, il fait chaud, on aperçoit des éclairs au loin, vers la mer. M. me fait faire le tour des bars gays (M. : barcelonais, francophone, ancien danseur, petit brun irrésistible). Nous remontons l’avenue de la Députation à contre-sens sur les trottoirs en fredonnant It’s my party. A chaque carrefour il passe devant pour me montrer le chemin et je suis dans la nuit lourde son débardeur blanc qui dessine sur ses épaules bronzées un M mouvant. Il pose un pied à terre et me lance en souriant, avec son accent catalan : « alors, tu te dépêches ? ». J’arrive ! J’arrive !


Un séjour à Barcelone : que visiter ?

Je descends le passage de Gracia à pied avec S. Il a longtemps travaillé sur l’histoire de cette ville, il y a vécu et il m’explique tout : la médiévalisation artificielle du Barrio Gotic, l’utopie égalitaire de l’Example contournée par la bourgeoisie qui fait appel à des architectes visionnaires pour introduire de la distinction dans l’uniformité des façades XIXe, l’enclave prolétaire et anarchiste de Gracia, la gentrification à marche forcée du Raval et du Born. Et cette ville devient alors plus lisible et encore plus attirante.

L’hôpital San Pau, le Christ pantocrator du musée d’art catalan, la fraîcheur de Santa Maria del Mar, le marché du Born, le cloître de la bibliothèque de Catalogne.


Un séjour à Barcelone : où sortir ?

Je lève le bras, le taxi s’arrête n’importe comment. Je monte et j’annonce, avec ma prononciation d’allemand première langue : « Vamos a l’Appolo ».

C’est un vieux dancing début de siècle avec des lustres en bois, un balcon, des rambardes pour délimiter la piste. La salle est pleine de muscles : tous les fleischkuben sont remontés de Sitgès, les cuirs ont délaissé l’Eagle le temps d’une soirée, les culturistes de la Mar Bella se félicitent mutuellement de leur bronzage. Depuis le premier étage, on ne voit qu’une houle orangée qui réagit à toutes les inflexions du DJ. Il fait une chaleur suffocante et ces montagnes de muscles agitent, à intervalle régulier, des éventails qu’ils glissent ensuite dans la poche arrière de leur jean.

« Quoi ? Non, je suis français… je … I’m sorry, I don’t speak spanish at all… and, you don’t speak english ?… OK… »
« Le quoi ? le cuarto oscuro ? c’est… ? ah, d’accord »
« Ma « camisa » est « mas bonita »… ? voilà une bonne nouvelle ! oui, absolument, ce motif brillant sur le col se trouve aussi à l’intérieur… mais je t’en prie, vérifie… tu ne comprends pas ce que je dis… aucune importance, regarde, je te sourie »
« Yep, just a Coke, si Coca-cola solo… tu es gentil mais je rentre en vélo tout là-haut sur la colline et je doute que tu m’y attende avec un petit bouquet d’églantine… et toi, tu attends le premier métro pour rentrer, c’est ça ? »

Au Sweet, ambiance d’avant la fête, la salle n’est pas complètement pleine, la musique encore sage, les garçons calmes et tranquilles. M. s’impatiente un peu et veut me montrer une ville qui bouge vraiment. Nous passons dans le bar d’à côté (le Zeltas ?). Lumière plus sombre, foule plus compacte, regards plus directs. Le DJ passe un long remix de Juliet, M. se met à danser en tenant sa bouteille d’Estrella d’une main. La fluidité de ses mouvements magnétise mon regard. J’ai l’air complètement stupide, je suis incroyablement bien. We’ll take a holiday / You know I’d love you better

commentaires

30/08/05 - 20:42

I wish I could read this.

Wannabeleader

30/08/05 - 21:48

Bravo, vous nous avez raconté ce début de séjour avec brio.
Mais la question que tout le monde se pose ici même est la suivante : vous êtes-vous tapé M. ?

31/08/05 - 10:30

>Wanabeleader (?) : I wish you could too
> Mr The- : vous ne voudriez pas non plus lire mon journal intime pendant que vous y êtes ? Sachez seulement que j'ai beaucoup pédalé.

31/08/05 - 10:47

Dans la semoule ?

31/08/05 - 10:54

Dans la paëlla, voyons.

30/10/06 - 03:56

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