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(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

12/09/2005

12/09/05 - 11:43

COMMENT JE ME SUIS DESHABILLE… (OU MA VIE SOCIALE)

« Vous allez être tout nu, c’est ça ? » :

Dimanche, 4 h. 30 du matin (gnnni ?), je hèle un taxi sur le pont de la Guillotière et lui indique la destination (que je m’étais engagé à tenir secrète) : le port Herriot. Engagement visiblement mal respecté par d’autres puisqu’il me demande aussitôt : « ah, c’est pour la photo ? ». Je réponds oui et du coup il me jette un regard à la fois perplexe, un peu inquiet et franchement amusé. A chaque feu des boulevards Saxe puis Jaurès, il hasarde une nouvelle question « mais, c’est qui , là, le photographe ? et il fait ça pour quoi ? et vous êtes juste volontaire ?» pour arriver à poser celle qui lui brule les lèvres depuis le début « Et vous allez être tout nu, c’est ça ? » « Exactement ! ». Il est 4 h.4 5, je ne suis pas très réveillé, mon enthousiasme est intact.
Une idée du travail de Tunick :



Sur place, le flot des participants est irrégulier mais impressionnant pour cette heure matinale et ce lieu improbable, coincé entre le Rhône et le stade Gerland. Une majorité de jeunes urbains, évidemment, mais pas seulement. Le lieu exact de « l’installation » (c’est juste un ajustement lexical à prendre, dire « installation » -ou mieux set up- pour prise de vue) se trouve être un dock de débarquement du port sur lequel s’entasse des centaines de containers de couleurs différentes. L’équipe (talkie, t-shirt « Staff », pantalon taille-basse, 25 ans maxi) nous distribue un sac en plastique pour mettre nos affaires puis nous fait attendre le lever du soleil en nous assurant régulièrement, par mégaphone, que Spencer (visiblement, dire Tunick est du dernier ringard, ce qui ferme malheureusement la possibilité à de nombreuses blagues fines) est « très impatient des travailler avec nous ». Le « plasticien » fait une apparition vers 6h du matin. Juché sur escabeau, rétro-éclairé par un assistant qui porte un spot, il nous remercie et nous explique vaguement ses intentions (nos corps nus dans un décor de port industriel sont censés dénoncer la société de consommation. Pas de commentaires…). Il est entièrement habillé de noir.


« Spencer dit : … » :

Le jour se lève enfin vers 6 h. 45. Tout le monde est congelé, ce qui, ajouté à l’attente et la nature de l’événement produit des conversations impromptues et spontanées. Une dame en déambulateur explique qu’elle a été modèle toute sa vie et que, à plus de 70 ans, cette séance sera sa dernière pose pour un artiste. Le plus intriguant est d’imaginer que tout le monde sera nu dans quelques minutes.
Le staff ouvre le passage vers le lieu de la prise de vue. Nous posons nos affaires et nous nous déshabillons. Pas de lunettes, pas de montre, pas de bijoux (« et les piercings ? » « vous pouvez les garder » « Bon, tant mieux » apprécie Jean-Pierre qui se révélera, une fois nu, l’heureux propriétaire d’un Prince-Albert de la taille d’un rond de serviette). Cela se passe très rapidement dans une atmosphère de tension libérée, avec beaucoup d’éclats de rire et finalement assez peu de gêne.

La première prise de vue a lieu entre deux rangées de container. L’ambiance est plutôt sérieuse, il fait froid, la lumières est très grise. Nous devons nous tenir debout, régulièrement espacés, de face puis de dos au photographe qui donne ses indications en anglais, aussitôt traduites par 3 ou 4 assistants munis de porte-voix. Cela donne des séquences assez drôles, entre la caricature de metteur en scène hollywoodien et celle du plasticien proclamé génial et capricieux.
L’ambiance se fige un peu lorsque nous devons nous allonger à même le sol (il a plu la nuit précédente, des flaques d’eau et d’huile noirâtre parsèment le bitume entre les containers) puis lever les jambes à la verticales (ne PAS regarder derrière soi, ne pas tourner la tête). Le contact avec les autres permet de se réchauffer un peu. J’ai l’impression de participer à un cours de gymnastique collective en Corée du Nord.
Spencer Tunick : « Please don’t smile. Don’t smile ! » = « Spencer dit : ne souriez pas » / « Don’t look at me » = « Spencer vous demande de ne pas le regarder » / « I see some gap » = »Spencer vous demande de combler les trous que vous voyez autour de vous »
Dernières prise à genoux (inconfortable). Les hommes vont ensuite se rhabiller, la peau tachée de fuel.

Des bus nous emmènent vers le lieu de la deuxième prise de vue, au confluent entre le Rhône et la Saône. Le soleil est enfin franchement levé, le site est une pointe d’herbe fraîchement tondue. L’ambiance se fait plus douce et plus rieuse. Sur les berges en face, les VTTistes du dimanche en croient mal leurs yeux. La presse tourne en rond sur un bateau-mouche. L’équipe des assistants, juchée sur des escabeaux, nous explique la disposition des trois vues. Pendant cet exposé, derrière eux, lentement, monte un elevator de chantier jaune où se tient, avec le sérieux d'un Cecil B. Demille arty, Spencer Tunick.
L’une des prises ne concerne que les hommes. Nous sommes d’abord assis puis allongés sur le ventre. Moment délicieux lorsque les assistants nous demandent au mégaphone « d’épousseter les fesses de ceux qui sont devant vous » car « Spencer ne veut pas voir de brins d’herbe ». Mon sentiment (impressionniste) d’une sur-représentation statistique gay sur le site se confirme à cette occasion au travers des blagues qui fusent, principalement sur le mode « pas de problème / vous permettez ? ». En revanche, lorsque nous allons récupérer nos vêtements pour nous rhabiller, nous nous retrouvons au milieu de plus de 500 femmes qui, elles, se sont rhabillées. Et pour la première fois de la matinée, je cache mon sexe avec mes mains.


Les gens tout nus disent :

« Où est Jean-Claude ? »
« Les traductions, c’est vraiment n’importe quoi ! Non, mais, c’est vrai, je suis prof d’anglais ! »
« Mais là j’ai ma tête dans quoi ? »
« Il paraît qu’il y a des gens des RG dans la foule. Si, si, à poil ! »
« Je peux vous nettoyer le dos, si vous voulez »
« T’as vu, y’a Manu qu’est là ! Non ? ! »
« Au point où on en est, on doit pouvoir se dire tu… »


La vérité toute nue :

Cette expérience me permet de vérifier la vérité de quelques lieux communs :
- Tout nu et habillé, ce n’est pas la même chose, mais tout nus tous ensembles, c’est presque comme habillé.
- Quand on en a vu une, on ne les a pas toutes vues (valable pour n’importe quelle partie de l’anatomie humaine)
- Le visage ne dit rien du corps.
- Rien n’est en proportion.
- Les blagues de cul n’ont plus aucun sens quand tout le monde montre le sien.


Allez Andy, quoi… :

L’un des meilleurs moments de cette matinée reste le pique-nique gracieusement offert par Tunick au confluent, après la dernière prise de vue. Les participants sont libres de rester nus ou de s’habiller (je choisis la deuxième option. Je suis à poil depuis 1 heure et mes parents me l’ont suffisamment répété tous les étés, on met un t-shirt pour venir à table) pour une re-création improbable du déjeuner sur l’herbe. Un DJ mixe gentiment, le soleil fait un petit effort (mais pas longtemps) et, la fatigue aidant et la quasi-familiarité maintenant installée avec tous ces inconnus dont je n’ignore plus grand chose du corps, l’ambiance se fait détendue, chaleureuse, assez joyeuse. Spencer Tunick, toujours suivi par son porte pellicule, son porte objectif et son porte-voix sautille de groupes en groupes pour prendre des instantanées. Très warholien.



Spencer Tunick : « Don’t eat too fast ! It’s a work of art in progress ! » = « Spencer vous demande de ne pas manger trop vite. Il réalise actuellement une œuvre d’art à laquelle vous participez. Merci. »


Revue de presse :
http://www.vivrenu.com/viewtopicH.php?topic=2081&forum=24

commentaires

12/09/05 - 12:58

C'est Tunick, c'est unique.
(preum's, preum's !!)

12/09/05 - 13:09

"Spencer vous demande de combler les trous que vous voyez autour de vous " : hem, ce rassemblement aurait pu vite prendre une tournure incontrôlable...

12/09/05 - 13:42

> Mr-The : multiples variantes possibles. Vous auriez fait un tabac vers 6h30 (12° et pas de café...)
> Jeunehomme : applaudissements de la foule suite à cette annonce...

12/09/05 - 13:47

En tout cas, c'est assez rigolo...

12/09/05 - 15:34

Bon mon orthographe est bonne ; vestimentairement parlant, que ce soit Tunick ou Spencer, les jeux de mots st les m^mes ; sexuellemnt, c'est plus dur avec le prénom pour faire connaissance, c'est clair ! ;p

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