Vis ma vie (de Vincent Delerm)
Je n'aime pas Vincent Delerm.
Ce garçon chouigne au lieu de chanter, use jusqu'à la corde la nostalgie idiote des trentenaires ni plus assez jeunes ni encore trop vieux, ressasse dans ses textes un univers que je connais (la province, les études en fac de sciences humaines, les parents abonnés à Télérama et le velours côtelé, merci, j'ai donné). En plus, si l'on regarde d'un peu loin sur la pochette de son premier album, on peut avoir l'impression qu'il porte des fausses de oreilles de bunny (bien fait).
Mais surtout, ce que je lui pardonne mal, c'est de me ressembler. Enfin, pour être exact, c'est de m'entendre dire parfois que je lui ressemble.
- L'été dernier, en terrasse d'un café à Tours, le serveur tourne autour de notre table, hésite, s'approche et avant même de prendre notre commande me dit : "Bon, allez, en fait, vous êtes dans la chanson ?" "Euh, non.." "Mais si, vous êtes Vincent Delerm, c'est ça !" "Euh, non, pas davantage" (il me croit difficilement, pour le convaincre, je commande un Coca lemon, boisson fort peu delermienne (je l'imagine plus cacolac).
- Il y a quelques mois, sortant de chez des amis, je croise dans les rues piétonnes un troupeau d'étudiants en pleine révision de leurs partiel à grands renforts de bières belges. L'un d'eux prend le temps de me dévisager avant d'annoner péniblement : "Toi... toi... tu ressembles...". Je continue à marcher et je l'entends bramer dans mon dos 10 m derrière moi : "A Vincent... DELERM !".
- Et il y a peu encore, un petit rouquin souriant : "tu sais que tu ressembles à ..." "oui, c'est bon, je sais..."
D'accord, je veux bien concéder la même barbe ni rasée ni fournie, une allure d'échalas de bibliothèque et ce côté pas-migon/pas-moche avec des beaux yeux.
Mais bon, au final, me voilà donc sosie non-officiel d'un garçon que je trouve vilain.
Cependant, cette situation a un avantage, celui de pouvoir détourner les chansons de Delerm en running-gag inépuisable des soirées entre copains. De reprises improbables (L. tentant une version hard-rock de
Fanny Ardant) en imitations impressionnantes (J.-B. couinant à la perfection
Tes parents) le répertoire se révèle finalement assez riche et la parodie est tentante. Alors certains soir, moi aussi je fredonne d'une voix de fausset geignard :
"Les garçons sont pour moi / comme des meubles Ikéa /Avec un mode d'emploi / Ecrit tout en suédois"
14/11/05 - 22:38
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baltringue (visiteur)