Sida / représentations
Pour la journée mondiale de lutte contre le sida, les associations locales ont organisé, entre autres manifestations, la représentation d’une pièce sur la maladie et les enjeux de la prévention. Une dizaine de saynètes montrent les différents problèmes posés par la prévention (l’usage du préservatif entre garçons et filles, entre garçons, les risques de transmission chez les toxicomanes). En fil rouge, un acteur qui incarne le sida lui-même vient se féliciter du relapse actuel ou se lamenter des progrès des traitements. Il termine la pièce nu et conspué, les autres personnages lui arrachant un à un ses vêtements en même temps qu’ils affirment leur volonté commune de s’aimer librement et de se protéger. Au-delà des défauts (ou des charmes) du théâtre amateur, le texte et sa mise en scène me laissent perplexe.

Perplexe, car ce « personnage du sida » est montré sous un jour diabolique. Barbiche pointue, favoris en zig-zag et sourcils noirs, vêtu de cuir également noir et d’une chemise rouge, il fume le cigare en surjouant un Méphistophélès lubrique et ricanant. Une fois encore ce sont donc les mêmes métaphores qui reviennent, archaïques et lointaines, à peine actualisées par le costume de rocker-businessman du personnage. Or cette métaphore qui peut sembler évidente (le sida est un être maléfique qui œuvre sournoisement à la destruction de l’humanité) entrave l’appréhension rationnelle de cette maladie. Car au travers de la vieille figure du
diable faustien, on retrouve tout ce qui accompagne et alourdit cette maladie : la culpabilisation des malades (les modes de transmission renvoyant au péché chrétien), l’irrationnel (comment déjouer les projets du malin sans entrer dans la pensée magique) et le sentiment de l’impuissance (le sida comme avatar moderne du mal éternel).
Dès lors, il devient difficile de voir le sida pour ce qu’il est avant tout : un agent infectieux pathogène à combattre, une maladie mortelle que les tri-thérapies permettent, dans les meilleurs des cas et avec un coût humain et matériel élevé, de transformer en pathologie chronique évolutive, un immense enjeux de santé publique (avec ses scandales absolus, ses reculs et ses avancées).
Susan Sontag le montre beaucoup mieux que je ne le fais ici maladroitement : les métaphores du sida sont des obstacles à une vision plus juste et plus claire de cette maladie, elles nous détournent de ce qui doit être la seule attitude qui vaille : la lucidité et le combat.
04/12/05 - 22:55
Intéressant ton article. Merci!
morrissey