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J'écoute : Margo Guryan / Jamie Lidell
Je regarde : l'écran de cet ordinateur
Je lis : Véronique Ovaldé / Jacques Roubaud / Yourcenar
Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
Je bois : de l'eau
Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

29/01/2006

29/01/06 - 19:11

Luna Park


Je le croise depuis des années. Nous avons un temps habité le même quartier, l’endroit où il travaille aujourd’hui n’est pas très loin de chez moi. Et depuis des années j’envie son allure, sa longue silhouette, ses épaules larges, son pas élastique (je l’envie vraiment : je veux les mêmes, je le désire pour moi). Quand il promène son chien ridicule, quand il traverse la place de l’église, quand il entre dans ce bar où nous avons nos habitudes communes, il affiche toujours ce même sourire tranquille et un savant décoiffé dans ses cheveux blonds. Nous nous connaissons à peine, nous nous saluons de loin, je sais juste son prénom.
Un soir dernier, le hasard (et un peu plus) a fait basculer cette connaissance lointaine dans un moment d’intimité. Sans échanger plus que quelques mots, nous nous retrouvons debout presque l’un contre l’autre. Le dos de sa main touche la mienne, nous nous tenons un moment ainsi, immobiles. Puis il incline la tête, je l’embrasse. Il affiche alors un air étrangement sérieux que je ne lui connais pas (mais je ne le connais pas). A chaque partie de son corps que je découvre, je ne peux retenir un large sourire en repensant aux fois où j’ai imaginé poser ainsi ma tête sur son épaule ronde ou mes mains sur son dos lisse. Comme une après-midi dans un parc d’attraction depuis longtemps promise et impatiemment attendue. Et puis assez vite, l’imprévu de la situation, l’évidence tacite qu’il s’agit là d’un moment qui ne se reproduira pas, le silence nerveux dans lequel nous échangeons nos caresses : tout cela isole cet instant, me détache de mes désirs anciens et me précipite entièrement dans ce présent là. Je prends sa tête entre mes mains, sa barbe est dure, il ferme les yeux.







27/01/2006

27/01/06 - 19:02

L’ouest lointain (such a big talk for a little gun)


D’accord, Jack et Ennis, « in the full daylight with the hot sun stricking down ». Les montagnes, le désir, le silence, les moutons et l’amour tragique en chemise à carreaux (ça change du plissé à la grec). Mais en regardant d’un peu plus près, non seulement le sous-entendu gay parcourt nombre de westerns plus anciens, mais il s’affiche même presque ouvertement dans l’un des plus splendides du genre. Car ce sentiment farouche qui anime Emma contre Vienna, ces regards fiévreux, ce duel interminable, est-ce vraiment de la haine ?




Sans compter que ce film est une mine de répliques camp et/ou sublimes :
Johnny : « There's only two things in this world that a « real man » needs : a cup of coffee and a good smoke. »
Emma à Vienna : « You're nothing but a railroad tramp ! »
Et ma préférée, utilisable en multiples occasions :
Emma à Vienna : « Such a big talk for a little gun ! »


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26/01/2006

26/01/06 - 09:28

Mission impossible

Désolé, mais je n'y arrive vraiment pas...


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20/01/2006

20/01/06 - 20:31

Précis de géomorphologie

C’est presque imperceptible, des détails, trois fois rien. Nos messages qui se croisent, toujours tendres et chaleureux, mais les baisers s’adressent à des boîtes vocales et les promesses de rendez-vous vibrent dans le vide. Le dernier au-revoir, par sa maladresse silencieuse, laissait déjà deviner qu’aucune complicité intime ne prenait la relève de l’attirance des premières fois. Mais bon, faisons comme-ci et mesurons l’écart que dessinent ces signes minuscules. Au cinéma, côte à côte, nous suivons le film en spectateurs attentifs. Je ne veux pas être celui qui cherche une main qui s’échappe, et lui non plus. Au grès de l’inconfort de ces sièges trop petits pour nos jambes pareillement trop longues, nous établissons des points de contact furtifs sans vraiment en ressentir de frisson. Le générique de fin parait interminable dans la salle maintenue dans le noir ; heureusement, Dianne Reeves y chante One for my baby (and one more for the road). Quelques pas dehors sous la bruine. Je m’apprête à le laisser rentrer chez lui sans rien dire, il me propose de me raccompagner chez moi en voiture. Commentaires légers sur le film, on se perd un peu dans le garage en sous-sol où 15 jours plus tôt nous avions profité des minuteries aléatoires pour nous voler dans le noir des baisers amusés. Devant chez moi, il me rappelle de ne pas oublier le pull que je lui avait prêté un matin pour aller travailler et qu’il m’a rapporté. « Je te rends la chemise une prochaine fois ». « Oui, moi c’est pareil pour ton t-shirt ». Pendant ces quelques semaines, nous ne nous étions jamais dit que nous étions ensembles. Alors nous ne nous dirons pas que ce baiser appuyé et rapide est aussi le dernier. Nous le savons pourtant parfaitement tous les deux.



La géomorphologie est finalement une bonne métaphore de ce que ces histoires idiotes et douces me laissent entrevoir. Disposées au gré d’une sédimentation intime, les couches résistantes alternent avec les couches friables. Selon des replis inconscients, les unes ou les autres affleurent parfois à la surface. L’action érosive de chaque rencontre met ainsi à jour des matériaux parfois durs, imperméables et cristallins, parfois plus fragiles et plus tendres, qui se délitent sous les doigts et dans lesquels les souvenirs s’impriment et se fossilisent.


« La succession ainsi décelée consiste en une suite comportant, de bas en haut : des clastiques grossiers, des clastiques plus fins, des argiles, des calcaires, des dolomies et des évaporites, chacun de ces termes successifs passant progressivement au suivant. […] La subduction qui interrompt la sédimentation de marge inactive s’accompagne d’une tectonisation des sédiments déposés jusque là et, dans les zones internes, du développement d’un magmatisme et d’un métamorphisme syntectonique. Lorsque la subduction s’arrête, la bordure de l’orogénèse ainsi édifiée redevient inactive et est alors le siège d’une sédimentation du même type que celle du stade initial et dont les produits sont transgressifs et discordants sur les restes arasés de cet orogénèse. Une telle bordure peut être à nouveau activée par une nouvelle subduction qui inaugure alors un nouveau cycle orogénique, et ainsi de suite. » Stratigraphie et géologie historique.

13/01/2006

13/01/06 - 18:31

« On écrit jamais pour soi seul » (mais, le jour, je ne mens pas)


Il y a un an, je commençais maladroitement à tenir ici un journal, sans rien savoir de ce que j’allais en faire. Au fil des mois, j’ai observé à la fois amusé, intrigué, parfois un peu inquiet, les effets de cette pratique. Je me suis découvert des contraintes intérieures et des libertés inattendues. J’ai regardé se tracer entre ma retenue et mes aveux une frontière intime et souvent poreuse. J’ai appris l’étonnante plasticité de mon impudeur sans jamais en ressentir de gêne. De cette expérience, j’apprends, aussi* :



- comme le décidaient déjà de façon péremptoire les professeurs lors des conseils de classe au lycée, je suis un littéraire : le récit et la fiction innervent mon quotidien, lui donnent sa profondeur, le valent souvent et le remplacent parfois.
- la vérité, l’objectivité, l’impartialité et l’exactitude sont ici démonétisées, sans valeur ni enjeux.
- (avec une petite voix d’enfant capricieux) "c’est vrai puisque je le dis".
- il m’importe d’être lu, de le savoir, d’être commenté. Par qui, pourquoi, comment m’importent moins.
- j’écris toujours dans un même registre, qui n’est évidemment pas celui de mon écriture professionnelle (normée, le sérieux comme modèle, avec des notes en bas de page) mais qui n’est pas non plus celui de ma correspondance amicale dans laquelle je raconte pourtant les mêmes choses qu’ici, mais sur un autre ton.
- finalement, je me tiens à ce registre, quels que soient l’admiration et le plaisir que je ressens à la lecture d’autres qui écrivent ici comme je n’y arriverai jamais.
- 1constant est devenu peu à peu une contrainte d’écriture. Je suis ailleurs (mais pas "en vrai") un peu plus drôle et beaucoup moins élégant/affecté qu’il n’essaye de l’être ici.
- 1constant existe cependant vraiment, je le réalise à chaque fois que je rencontre une autre personne de GA. Je décline mon pseudo et je vois alors cette personne rechercher le souvenir d’un texte, d’une photo ou d’une image à associer à cette identité virtuelle, y parvenir éventuellement, dire "ah, d’accord !" et s’adresser alors à un autre moi-même au travers de moi.
- ce journal virtuel ne tient que parce qu’il se nourrit du réel. Il m’a permis en retour d’enrichir cette année de rencontres et d’amitiés. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.


*l’idée de ce post est née d’une discussion avec H. un soir d’hiver, chez R. Je vous la dois (ainsi que deux -ou trois ?- Manhattan).
Merci.


12/01/2006

12/01/06 - 22:29

La mélancolie des bibliothèques

"Les longs jours d'enfermement parmi les livres sont autant de gagné contre les dangers du monde, contre ce qu'il recèle d'immaîtrisable. S'il existe une mélancolie des bibliothèques, il n'y a pas de cruauté. Au contraire, une fois admis qu'on ne lira pas tous les livres, la bibliothèque protège et rassure. Elle est chaste, tranquille, silencieuse, fermée aux tempêtes. On peut lire, continuer de lire, prendre des notes, se faire réserver des piles de volumes. l'avenir a solidité et proximité. On peut multiplier les fiches, accumuler le savoir, et finalement, ne plus savoir, après des années, ce que l'on était venu demander à ces livres. On est pris dans une répétition et dans un rite. On arrive tous les matins à la même heure, on redemande la même place. la pile de livre sur notre table ne diminue jamais. [...] Il ya une clarté de plage dans certains matins de bibliothèque.


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[...] Et l'on comprend que ce n'est pas nous qui avons dévoré les livres, mais eux qui nous ont dévorés et que rien ne nous consolera d'être passé à côté de la vie - aussi triste soit elle. Il ya l'univers et les bibliothèques. Celles-ci ne sont que des choses de plus ajoutées à l'univers."

11/01/2006

11/01/06 - 20:12

La vie, des fois… (tu me fais rire)

1 : - « tiens... c’est amusant, ça »
lui : - « ça quoi ? »
1 : - « cette fossette au menton, là. Assez Kirk Douglas »
lui : - « euh… oui, si tu veux... »
1 : - « … hmm… tu arrêtes de fumer ? »
lui : - « oui… enfin, j’essaye »
1 : - « je vois… Oh, tiens donc… »
lui : - « hmmm… quoi ? »
1 : - « tu es scorpion ? »
lui : - « euh…ben oui »
1 : - « mais ça fait pas mal un tatouage, là ? »
lui : - « …si, un peu… mais… » (sourire)
1 : - « … ? …bon, ok, je me tais »
lui : - « non…, j’aime bien… »



plus tard
lui (l'air sérieux) : - « tu me fais rire, tu sais »


08/01/2006

08/01/06 - 22:36

Est-ce que tu même ?

J’ouvre un œil en premier. Je ne suis pas chez moi. Je sors du lit sans le réveiller. Les replis des draps laissent juste entrevoir les épis de ses cheveux courts et un morceau, taché de rousseur, de la peau de son dos. Dans la salle de bain, je bois un peu au robinet et j’achève d’émerger en me passant de l’eau froide sur le visage. Je m’assois sur le rebord glacial de la baignoire et je regarde autour de moi. Il n’est plus si tôt ; par le velux, la lumière grise éclaire un univers étrangement familier.



Peu à peu je réalise que cette salle de bain pourrait être la mienne. Le même gel douche, le même shampooing, le même savon. Les mêmes serviettes Muji sur la même étagère Ikéa (ou l’inverse). La même brosse à dent (en vert pour lui, en rouge pour moi) dans un mug ramené ici de Londres (du Maroc chez moi). Le parfum diffère, pas le dentifrice, ni la marque de la tondeuse avec laquelle il entretient la même barbe courte que moi. Et dans le même panier à linge en toile écru, le même pêle-mêle de t-shirts noirs et de jeans en denim foncé. Habitus, déterminisme socio-culturel, contraintes et marché local, soit, mais encore ? Le sourire que ce constat fait naître se teinte d’une légère inquiétude. Retrouver ailleurs un autre chez moi ne me rassure pas, et je ressens avec surprise se raviver le sentiment confus d’une solitude brumeuse (il suffit de cliquer sur la photo).
Je me relève, je sors de la salle de bain et je me recouche assez brusquement en plaquant ma poitrine contre son dos. "mmm… ?" "réchauffe moi, il fait froid".

05/01/2006

05/01/06 - 19:27

La vie, des fois... (on y va ?)

Une brasserie le soir, brouhaha, serveurs survoltés, tablée d’anniversaire pas très loin. Premier silence dans une conversation légère, intime et drôle, puis :



lui : - « je… enfin… tu …? »
1 : - « euh… oui ? »
lui (sourire timide et regard franc) : - « on… je sais pas, mais… on… ? »
1 : - « … ? » (sourcil levé, sourire hésitant)
lui : - « on prend pas de dessert, non ? »
1 : - « non… »
lui : - « on y va ? »
1 : - « oui ! »


04/01/2006

04/01/06 - 22:33

Lagarde & Michard

"C’est dans les grandes villes que le Philosophe lui-même se plaît; tout en les condamnant; parce qu’il y cache mieux qu’ailleurs sa médiocre fortune; parce qu’il n’a pas du moins à en rougir; parce qu’il y vit plus libre, noyé dans la foule...



... parce qu’il y trouve l’égalité dans la confusion des rangs; parce qu’il y peut choisir son monde."



02/01/2006

02/01/06 - 23:16

Il neigeait. L'âpre hiver etc...

Au travers des grandes fenêtres de la MEP, on devine les flocons qui tombent dans les faisceaux des phares. Je passe rapidement dans les premières salles de l'exposition Bernard Faucon, presque mal à l'aise devant ces mises en scènes de mannequins de vitrine et de très jeunes adolescents à la Michel Tournier. Les autres séries recèlent en revanche des vues faussement simples et belles, troublantes, aux évocations opaques.



Quand je sors, il neige encore rue François Miron. Je rejoins M. et S. dans leur appartement chic et moderne. Je les trouve en plein débat sur les biorythmes végétaux. Face au déperissement de leur collection de cactées, ils se sont décidé à installer tous les pots aux toilettes (décoration qui rend l'endroit désormais un peu inquiétant) et à équiper la pièce d'une ampoule "luxo-thérapie" qu'il faut laisser allumer du matin au soir pour simuler un jour tropical. Le problème se pose de l'utilisation impromptue de l'endroit au milieu de la nuit : l'allumage, même temporaire, ne risque-t-il pas de stresser les plantes ? Mon apport au débat se limite à juger dangereux de pisser dans le noir à proximité d'un figuier de barbarie, même nain.
Je retrouve aussi avec plaisir E., rencontré cet été. Toujours volubile, chaleureux et moqueur, il prend des nouvelles ("Alors, encore homosexuel ?") et raconte ses dernières aventures ("non, mais franchement, les Suédois, les bonnets ça leur va super bien"). M. remplit nos verres, attise le feu, met de la musique. Nous sommes entre Noël et le jour de l'an.