Monique voulait voir
la mer une dernière fois.
Le mardi 31 janvier, nous sommes
allées à Cabourg. Dernier voyage.
Le lendemain, "pour partir avec de
beaux pieds", dernière pédicure.
Elle a lu Ravel, de Jean Echenoz,
dernier livre.
Elle a élu le cimetière du
Montparnasse comme adresse
définitive, et en a profité pour
maudire, une fois de plus,
Suzanne S., qui occupe, depuis
peu, la fosse convoitée.
Elle a organisé la cérémonie
des obsèques, sa dernière fête.
Elle a choisi sa robe de deuil.
Pour sa pierre tombale,
une photographie où elle grimace
et comme épitaphe
"Je m'ennuie déjà !"
Elle a entamé son dernier poème,
il sera lu à l'enterrement.

Sophie Calle,
Les mains qui ont touché de l'argent, installation en cours, (détail), 2003.
Ses dernières larmes ont coulé.
Elle ne voulait pas mourir.
Elle a remarqué que c'était la
première fois de sa vie qu'elle
n'était pas impatiente.
Les jours précédent sa mort,
elle répétait, sans cesse :
"C'est bizarre", ou "C'est bête".
Elle a écouté son dernier morceau
de musique, un concerto pour
clarinette de Mozart.
Elle avait programmé une date
de décès : le 13 Mars.
Elle est morte le 15, à 15 heures.
Elle souriait.
Dernier mot : "souci".
Sophie Calle, sa fille,
Antoine Gonthier, son fils,
et ses nombreux amis
vous annoncent la mort de
Rachel-Monique
SINDLER-CALLE
PAGLIERO-GONTHIER
née un 21 mai