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J'écoute : Margo Guryan / Jamie Lidell
Je regarde : l'écran de cet ordinateur
Je lis : Véronique Ovaldé / Jacques Roubaud / Yourcenar
Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
Je bois : de l'eau
Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

27/03/2006

27/03/06 - 22:20

Il faut que tout change pour que rien ne change


Premier week-end sans écharpe ni gants, à peine un peu de pluie et le ciel qui devient bleu sombre derrière le Pont Wilson mais une heure plus tard.

Des amis / des inconnus / des garçons que je ne reverrai pas disent :
"C'est quand même bizarre votre truc, non ?" (je réponds, une main sur sa poitrine "c'est quand même aussi un peu ton truc, non ?") / "Tu crois vraiment que ça va revenir, les baskets à scratch ?" / "C'est qui, le groupe, là, derrière ?" "A vu de look, c'est des élèves du lycée professionnel Kamel-Ouali de Sarcelles" / "Moi le printemps, ça me fait rien"



"Et cette horrible reprise Ginette Reno... Quand je pense que j'ai emballé sur cette chanson au London..." "Mais vous faisiez comment à cette époque, avec le couvre-feu et les bombardements ?"/ "Tu devrais mettre de l'homéoplasmine, sinon tu vas avoir le têton enflé" / "On avait pas dit 'pas tard' ?" / "En même temps, si l'on ne dort pas cette nuit-là, on ne le sent pas, le passage à l'heure d'été"

20/03/2006

20/03/06 - 19:11

L'enfer pas loin


1 : - "Alors, c’est comment le salon du livre cette année ?"
Mon frère : - "Pénible. Imagine un immense hangar, bruyant, plein de documentalistes de collège neurasthéniques en velours côtelé qui déambulent avec des sacs plastiques à la main."
1 : - "Toute la journée ? Putain… ça ressemble quand même à l’enfer, là..."
Mon frère : - "Je crois que c’est exactement ça : un truc comme le 10e ou le 11e cercle de l’enfer."



Mon frère : - "A mon avis, c’est exactement à ça que doit ressembler l’endroit où sont envoyés après leur mort les mauvais profs, les bibliothécaires désagréables qui mettent 2 h à t’amener ton bouquin et les libraires qui ont recommandé Paulo Coelho ET Dan Brown à leurs clients. Enfin bon, dans la mesure où l’enfer existe, hein…"

19/03/2006

19/03/06 - 12:06

Elle a choisi sa robe de deuil


Monique voulait voir
la mer une dernière fois.
Le mardi 31 janvier, nous sommes
allées à Cabourg. Dernier voyage.
Le lendemain, "pour partir avec de
beaux pieds", dernière pédicure.
Elle a lu Ravel, de Jean Echenoz,
dernier livre.
Elle a élu le cimetière du
Montparnasse comme adresse
définitive, et en a profité pour
maudire, une fois de plus,
Suzanne S., qui occupe, depuis
peu, la fosse convoitée.
Elle a organisé la cérémonie
des obsèques, sa dernière fête.
Elle a choisi sa robe de deuil.
Pour sa pierre tombale,
une photographie où elle grimace
et comme épitaphe
"Je m'ennuie déjà !"
Elle a entamé son dernier poème,
il sera lu à l'enterrement.


Sophie Calle, Les mains qui ont touché de l'argent, installation en cours, (détail), 2003.

Ses dernières larmes ont coulé.
Elle ne voulait pas mourir.
Elle a remarqué que c'était la
première fois de sa vie qu'elle
n'était pas impatiente.
Les jours précédent sa mort,
elle répétait, sans cesse :
"C'est bizarre", ou "C'est bête".
Elle a écouté son dernier morceau
de musique, un concerto pour
clarinette de Mozart.
Elle avait programmé une date
de décès : le 13 Mars.
Elle est morte le 15, à 15 heures.
Elle souriait.
Dernier mot : "souci".

Sophie Calle, sa fille,
Antoine Gonthier, son fils,
et ses nombreux amis
vous annoncent la mort de
Rachel-Monique
SINDLER-CALLE
PAGLIERO-GONTHIER

née un 21 mai


Libération, samedi 18 et dimanche 19 mars 2006.

10/03/2006

10/03/06 - 19:18

"Tu aimes tout chez moi ?
Ma bouche ?
Mes yeux ?
Mon nez ?
Et mes oreilles ?"

Liste (incomplète) des bonnes raisons pour le revoir :

¤ L’habituelle combinaison d’un air sérieux, d’un sourire doux et d’un regard rieur qui me fait à chaque fois trébucher.

¤ Sa coiffure invraisemblable, ébourriffée-travaillée, une mèche en travers du front, un accroche-cœur au-dessus de l’œil droit.

¤ La façon nette et claire dont il me dit son prénom, et les fantômes bienveillants qui diaprent l’air un instant à l’énoncé de cette simple syllabe.

¤ L’air détendu avec lequel il conduit dans les rues médiévales étroites et sinueuses du centre-ville son char Range-Rover directement sorti d’un épisode de Shérif fais-moi peur (marchepieds, vitesses automatiques, décor imitation bois).

¤ Le temps qu’il lui a fallu pour enfiler son pull sur sa chemise puis son t-shirt sur son pull et pour lacer ses docs Martins en remontant sans cesse mais sans s’agacer ses cheveux en désordre (voir plus haut), sa façon de se relever en disant « je suis prêt » d’un air sérieux (voir plus haut).



¤ Et quand il me raconte le premier garçon qu’il a fait pleurer (mais POURQUOI cette conversation ?), il m’explique qu’il a simplement arrêter de l’aimer, brutalement, du jour au lendemain, le temps d’un battement de ses longs cils, sans appel possible ni explication.
Et quand je lui demande, cuistre alcoolisé, pourquoi il n’a pas tenté de sauver cette histoire en partant en vacance dans la villa de Malaparte, il me répond en souriant doucement (voir plus haut) « parce qu’on n’est pas dans un roman de Moravia ».

08/03/2006

08/03/06 - 23:39

J'apprends l'allemand*
("les lèvres et la langue n'y sont pour rien")

J'ai passé dix ans à apprendre l'allemand, je suis incapable de tenir une conversation, à peine de trouver mon chemin dans la rue, tout juste de commander un verre dans un biergarten (mon lycée était jumelé avec un établissement bavarois). Hasard et coïncidences, j'ai dû, ces dernier jours, tenter de mobiliser mes quelques souvenirs de déclinaisons et de conjugaisons (irrégulières). Au final, ma plus grande réussite fut de suivre Goodbye Lenin avec les sous-titres en reconnaissant un mot sur deux, d'esssayer de localiser sans succès une rue de Berlin et de m'entendre dire par un garçon charmant (ein liebes Junge ?) et bilingue : "Tu as quand même un accent étrange. Tu as appris à parler avec Papili ou quoi ?"



Les manuels sont pourtants formels :
"Pour en finir avec les prétendues terreurs de prononciation allemande, nous abordons ci-dessous le ch guttural. Il est très facile à prononcer, et si nous pouvions vous le faire entendre, vous le saisiriez imédiatement.
Mais il est assez malaisé à expliquer par écrit. sans vous soupçonner de vous y livrer vous-même, supposons que vous connaissez cette pratique peu ragoûtante qui consiste à se racler le gosier en en rejetant vivement l'air, avec un énergique rhhh ! avant de cracher. Ce n'est pas ce rrrh ! menaçant qu'il s'agit de produire : il faut simplement l'ébaucher... et s'arrêter net. En somme, rejetez l'air du gosier, la langue restant immobile la pointe en bas, la bouche entrouverte, mais arrêtez-vous avant de produire le rrrhh. Faites le sans forcer et ce sera parfait.
Comme son nom l'indique, il se prononce dans la gorge; les lèvres et la langue n'y sont pour rien, et il n'a rien de commun avec le ch français."
Méthode Quotidienne Assimil, 1957.

*ceci n'est pas un post sur le roman de Denis Lachaud.