28/05/2006Tous ces cris de la rue, ces mecs, ces magasinsLe hasard me permet de mettre ici en application un principe méthodologique énoncé il y a peu par S., en mangeant des fraises, les fenêtres pour une fois ouvertes sur une soirée enfin plus douce que les autres, avec cette intelligence et cette franchise colorée d’empathie qui à chaque fois me touchent. L’idée c’est d’avancer trois preuves pour valider une hypothèse, pas davantage, même s’il faut pour cela écarter en notes des heures de dépouillement. Appliqué à autre chose qu’à cet opus maximum qui me tient lieu en ce moment de raison d’être, cela donne :
¤ le trouble à lire quelques lignes ce que j’aurais aimé écrire et l’effet qui unit la musique, le texte et la photo, comme une excroissance extime à la Ballad of sexual dependency.
¤ la remarque de Y. lors d’une improbable séance de jogging :
- « Mais comment tu cours, là, tu fais quoi avec tes bras ? »
- « Hé oh, c’est bon, chacun son style ! »
- « Ouais, enfin, je te rappelle : ton style, c’est ton cul, c’est ton cul, etc… »
¤ le toujours impeccable Christophe en interview hier matin, qui l’affirme de son phrasé étrange : « c'est le sommet de la chanson d’amour ».
Cette chanson accompagne donc ce printemps qui se dérobe :
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12/05/2006Se revoir ?Le temps est au beau, les garçons dans les rue également, le monde entier semble amoureux, moi aussi je veux jouer (comme dans les petites annonces de Libération) :
¤ Lundi 08/05, Monoprix ouvert en ce jour férié, vous étiez devant moi à la caisse. Vos cheveux bruns forment deux tourbillons sur le haut de votre nuque. Vous n’aviez pris qu’une bouteille de Coca-cola. J’aimerai vous revoir. Même endroit, même heure ? tourbillonamonoprixo@hotmail.com
¤ Nous nous sommes croisés deux fois mardi dernier dans la rue du marché. Vous t-shirt blanc, cheveux courts, air indolent, bras immenses, sourire incroyable. Moi comme tétanisé. Jamais deux sans trois ? dancesbrala@yahoo.fr
¤ Mercredi, 19h20, piscine municipale. Vous êtes sorti des vestiaires réservés au club. Vous n’êtes pas très grand, vous êtes blond, vos cheveux dépassent un peu de votre bonnet de plastique noir. Vous faisiez rouler vos épaules pour les décontracter, vous aviez l’air concentré. Est-ce seulement pour cela que vous en m’avez pas remarqué ? Aucune importance, je vais nager toutes les semaines. estherwilliams@aol.com
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¤ Jeudi 11 mai, médiathèque, rayon musiques de film. J’ai du repasser trois fois l’alphabet dans ma tête pour me rappeler quelle lettre suit le S. Vous ne pouvez pas ne pas avoir remarqué mon air ahuri. Vous portiez un t-shirt rouge, un jean informe et une barbe courte. Je veux vous convaincre de ne pas vous fier la pochette, la bande originale de Nénette et Boni est une merveille (qui peut s’écouter à deux). ahuriparvou@hotmail.fr
¤ Vous m’avez tenu la porte du café ce vendredi de mai. Au comptoir, vous avez feuilleté Libé en buvant votre crème, la main sur la joue. Je n’ai rien osé mais vous m’avez souri, alors…
07/05/2006La vie, des fois… (on est d’accord, non ?)Les volets mal fermés par la précipitation de la veille (en fait pas vraiment la veille, juste quelques heures auparavant) laissent passer un peu trop de lumière.
Il étire un bras, le cale sous sa tête, se retourne un peu vers moi :
lui : - « mmmmfffpppfff… bonjour »
1 : - « bonjour »
lui : - « Il est quelle heure ? »
1 : - « Un peu plus de 10 heures je crois »
lui : - « Et merde ! J’avais un truc à 9 h… Tu m’as pas réveillé ? »
1 : - « Tu sais, je dois être réveillé que depuis un quart d’heure, c’est tout. Et puis je trouvais ça bien de te regarder dormir »
[j’ai pu détailler ainsi ce pli marqué entre les yeux qui donne à ton sommeil un air appliqué et l’envahissement, accentué par le bronzage, de tout ton visage par les tâches de rousseur]
lui : - « Mmmm, ouais, bon… attends… on est d’accord, non ? »
1 : - « Mais oui, on est d’accord... Mais bon, on va pas chanter Jeane Manson non plus, si ? »
lui : - « Non… c’est juste que… enfin, c’est bizarre, non ? »
[de se retrouver encore dans le même lit au matin après avoir passé la soirée à parler des raisons pour ne plus y être ?]
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1 : - « Oui, peut-être, je sais pas… »
Lui (sourire mi-amusé et mi-sérieux) : - « Embrasse-moi »
puis : « Bon, on se le prend ce dernier café ? »
*il suffit de cliquer sur Nan Goldin pour entendre Bettye Swann transformer un standard country en merveille soul.
Then if you must go, I won't tell you no
Just so that we can say we tried
Tell me you love me for a million years
Then if it don't work out
If it don't work out
Then you can tell me goodbye
01/05/2006Ségolène, des bottes en cuir et moiUn 11 novembre, à la fin des années 1990. Habillé de kaki, frigorifié, le dos droit et les mains sur le famas, je participe avec mes camarades de régiment à la commémoration réglementaire devant le monument au mort d’une petite ville de garnison. A l’abri de la pluie fine, elle aussi réglementaire, qui balaye cette place bitumée et sinistre, un sous-officier annonce au mégaphone l’arrivée des officiels chargés de nous passer en revue.. Ma grande taille m’a réservé le premier rang (logique propre aux militaires). Je la vois donc arriver au moment même où retentit son nom. En tailleur marron, coiffée comme elle l’était à cette époque (assez mal), le pas assuré, elle remonte la longue rangée que nous formons d’un pas assuré, chaussée de ces hautes bottes de cuir que je lui vois pour la première fois (et qui alimenterons presque une semaine de blagues de chambrée). Fille de militaire, le sourire figé, elle salue avec une politesse distante. Nous sommes dans sa circonscription.
Quelques années plus tard, ministre et députée, elle reçoit dans la salle des quatre-colonnes un groupe dont je fais partie. Un peu moins mal coiffée, habillée d’un rouge vraiment très, très vif, elle déroule un discours imparable et minuté. Je me souviens surtout d’avoir regardé ses bottes avec insistance.
Au printemps 2004, je me résous à voter pour elle, assez content tout de même de faire perdre la région à Raffarin. Le dimanche soir de la victoire, elle apparaît assez tard dans la salle des fêtes municipale réservée pour l’occasion. Rayonnant d’une satisfaction intense et d’une tension maîtrisée, elle remercie tout le monde et son regard ne quitte pas les caméras dorénavant nationales (l’une d’elle est portée par un grand brun d’une beauté si étonnante que je m’en souviens encore alors que j’ai oublié si elle portait ou non ses bottes désormais totémiques).
il suffit de cliquer*
Il y a quelques mois, je passe quelques nuits (et autant de jours) dans les bras d’un garçon qui travaille pour elle. Je peux suivre ainsi en détail les effets les plus visibles de sa notoriété grandissante. La voilà qui change et embellie. Elle n'en reste pas moins d’une exigence névrotique, organisant l’univers autour d’elle. Lorsqu’il passe prendre un café (que nous ne buvons pas) et qu’il repart précipitamment pour une réunion imprévue, j’ai presque l’impression d’être Christine Keeler. Il ne me manque que les bottes. En cuir.
*il suffit donc de cliquer sur Ségolène pour entendre une version française hasardeuse des inévitables boots de Nancy. Version empruntée à une discothèque aussi amicale qu'impeccable.
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