30/06/2006Je m'étourdis, ça ne suffit pas
R. : - "On se rejoint au bar, comme l’été dernier ?"
1 : - "Oui, d’accord… Je ne me souviens plus très bien où il est…"
R. : - "C’est pas difficile à retrouver. C’est derrière le casino, pas très loin de la plage, à côté de Notre-Dame-des-dunes".
Rien, dans ce bar de garçons identique aux autres, n’est à la hauteur des images que fait naître cette phrase. A la place d’un dessin de Loustal, je retrouve les tabourets en métal le long du comptoir mal éclairé, les flyers épinglés aux murs, les magazines gratuits et le serveur en débardeur. Je fais la remarque à R. qui se moque de cette poésie de bande-FM
R : - "Attends, Notre-Dame-des-dunes… on dirait presque des paroles de Souchon… genre "les filles dans des robes légères, gna gna gna, le bal du gouverneur" etc… la bande son idéale pour déprime sentimentale de baby-boomer en pré-retraite."
1 - : "Mais pas du tout ! Moi j’y entendais plutôt Etienne, "A sable d’or près des Dunes", c’est à dire flirt adolescent pendant le premier septennat de Mitterrand, premier baiser et polo Beneton, rien à voir !"
Je marmonne dans mon Monaco et j’assène l’argument définitif :
- "Et puis, je te raconterai n’importe quoi. Ce sera bien-hein, non ?"
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R. sourit et pose sa main sur mon cou en murmurant "oui, c’est ça…, ce sera bien…"
25/06/2006Il faut que tout change pour que rien ne change (suite)
L'odeur du foin coupé finit par supplanter celle du bitume chaud mais tard dans la nuit, quand l'autoroute est désert / dans la barbe de J.-B. des poils blancs qui n’y étaient pas il y a un an. Son fils en période monomaniaque "métaphysique et mousquetaires" me déclare : - "toi aussi tu mourras un jour" et retourne poursuivre son frère avec une épée en plastique jaune / le chemin dans les pins, la courte étendue de lande, la dune couverte d’oyats puis l’océan, calme et vert foncé / ce sera des petites marées toute la semaine.
« Je ne pensais pas te rencontrer ici ! C’est pour ça que j’ai mis un peu de temps à te reconnaître ! Excuse-moi… Tu vas bien ? Moi ? Je suis en vacance chez des amis » – « Tu sais, moi, j’avais perdu ton numéro en même temps que mon portable. En fait, je pensais qu’on ne se reverrait jamais » / [plus tard] il sort ses mains des poches de son jean où il les avaient enfoncées pour se réchauffer un peu, il remonte la mèche de cheveux qui lui cache les yeux, et passe ses mains dans mon dos, sous mon t-shirt (après l’après-midi sur la plage, je n’ai pas froid), il penche un peu la tête sur le côté, il hésite puis il sourit, je l’embrasse. La lumière alternative du phare balaye en vert deux fois la pointe de Penchateau. Ce moment qui m’a paru durer infiniment n’a donc pris que quelques secondes. / [plus tard] j’insiste pour obtenir un petit morceau d’American Graffiti : la route de côte, les lumières de la baie au loin, le toit ouvert dans son invraisemblable Range-Rover. Après un rapide coup d’œil sur les titres de ses cassettes, j’abandonne en revanche l’espoir d’une bande son adéquate (pour le moins Johnny Tillotson, les Fleetwoods voire le Twilight time des Platters).
Par-dessus sa complète jambon de pays (mais quel pays ?)/ salicorne bio / fleur de sel de Guérande (menu en caricature bobo-Elle à table que laissait présager la décoration à base de bois flotté et les sets de table avec reproduction des phares de Hopper), R. semble répéter un argumentaire destiner à le convaincre plus que moi, que c’est le bon, là, cette histoire qui dure, malgré les difficultés et, pour ce que j’en comprends, la légère sociopathie de son nouveau copain. J’acquiesce, je lui dis que je suis content pour lui, je m’en fous un peu. R. aura été pour moi le garçon de plusieurs premières fois, celui de la première nuit, du premier numéro griffonné mal réveillé sur un morceau de papier, du premier « tu prends quoi le matin ? » etc. Mais il a vendu son minuscule appartement près de la mer, il défend avec de moins en moins de fermeté sa conviction d’être par « nature » solitaire, il parle un peu moins souvent de repartir loin, il va avoir quarante ans. Et le Petit Navire a fermé avec sa terrasse où des palmiers chétifs couverts de guirlandes lumineuses accueillaient nos soirées après la plage. Alors on passe à autre chose.
10/06/2006IndicesSur les plages carrelées du bassin extérieur flotte ces odeurs écœurantes de noix de coco, de vanille et d’huiles exotiques que l’inconscient publicitaire nous incite à associer aux vacances-lointaines-dans-des-îles-au-soleil, idéal occidental low-cost de récompense au travail salarié.
La lumière vive sous les arbres au travers des feuilles jusqu’à les rendre presque jaunes, le bleu enfin net du ciel.
Mon voisin, jamais en retard d’une tendance pour peu qu’elle soit prescrite, sur un ton comminatoire et complice, par un magazine affichant en couverture une actrice déclarant au monde et en sous-titre des sentences définitives sur la vie, le couple et la bonne nuance de gloss, mon voisin, donc, arbore des tongs frangées (notion floue mais description compliquée, résultat plutôt moche).
Les premières nuits avec la fenêtre ouverte (et les premiers moustiques).
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Ma ville, historiquement et culturellement schizophrène [moitié bourgeoise/provinciale/fermée/tropisme val de Loire, moitié étudiante/villageoise/tuile ronde/tropisme quasi-occitan], basculant toute entière dans le Sud et s’affalant en terrasse.
« Salut […] Oui, je crois qu’on ne s’est pas contacté depuis… je sais pas… novembre ? oui, c’est ça, novembre… […] quoi, tu seras là la semaine prochaine ? Mais j’ai bien fait d’appeler ! Bon, je réserve chez Christophe alors ! la table à l’étage, évidemment… Tu vas voir sinon, la mer est vraiment froide ! Je t’attends pour me baigner, je t’embrasse »
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