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J'écoute : Margo Guryan / Jamie Lidell
Je regarde : l'écran de cet ordinateur
Je lis : Véronique Ovaldé / Jacques Roubaud / Yourcenar
Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
Je bois : de l'eau
Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

26/11/2006

26/11/06 - 22:59

Miss O'Day regrets

Plutôt que de pleurer la disparition d’un acteur mort depuis longtemps (le dernier bon film de Noiret : Le juge et l’assassin en 1976 ? son apparition dans le Téchiné en 1991 ? merci de ne pas évoquer Le vieux fusil, il suffit d’y remplacer Noiret par Charles Bronson et tout le monde trouverait alors gênante cette apologie de l’autodéfense, mais bon, un film-du-dimanche-soir si poignant) et dont le décès afflige surtout la chambre syndicale des fabricants de veste en tweed (le rôle principal de Noiret ces dernières années consistait surtout à ronchonner contre les interruptions des intermittents du spectacles engoncé dans un fauteuil du premier rang lors de la cérémonie des César, assis généralement entre le ministre de la culture et la veuve de Toscan du Plantier), on peut apprendre avec un peu de tristesse le décès de la chanteuse Anita O’Day.



Le plus simple, ce serait de dire que c’est une Ella Fitzgerald blanche, ce qui expliquerait sa notoriété éclipsée et le mépris stupide d’une partie du public (lors d’un concert à Paris en 1970, les spectateurs, incapables d’imaginer qu’une chanteuse de jazz puisse ne pas être noire la sifflent pendant une demie-heure) mais ce qui permettrait surtout, malgré l’impossibilité d’établir une comparaison, de donner une idée de son talent. Le mieux, c’est de l’entendre chanter une version de My Heart belongs to daddy avec un scat léger et des intonations presque ironiques, de l’écouter étirer un peu le « your fabulous face » dans I get a kick out of you pour suivre ensuite le rythme de Billy May et enfin la croire quand elle assure de sa voix grave et légérement voilée, que pour lui, elle déplacerait des montagne, puisqu’elle l’aime : Crazy he calls me



15/11/2006

15/11/06 - 20:37

dis, dis moi, ne dis rien, dis le moi

il dit « d’accord » / il dit « ça te dirait de voir la mer ? » et je dis oui / il dit « super » sans sourire / il dit souvent rien / il dit querido / il dit « à bientôt » et je me force à y croire / il dit « ne dis pas comme tu veux » / il me regarde essayer de dire ce qui me tord parfois le cœur, en souriant. Il dit qu’il trouve ça attendrissant puis il éclate de rire ; dans ses yeux que je fixe, les pupilles très étroites laissent toute la place au jaune foncé de l’iris / il dit mon nom d’une voix rauque / il en dit le moins possible.



je lui en dis beaucoup mais jamais l’essentiel / je dis son prénom en accentuant, sans le vouloir, la deuxième syllabe / je ne lui dis pas mon trouble / je ne luis dis pas ces petits gestes stupides que je fais rituellement avant de le voir, comme autant de talismans / je ne lui dis pas le goût que j’ai pris maintenant à retrouver son goût / je ne lui dis pas la place qu’il prend / je ne lui dis pas ce que je ne sais pas dire et qu’il semble ne pas vouloir entendre

Mais ma main sans trembler sur son cou ne dit pas autre chose