« On écrit jamais pour soi seul » (mais, le jour, je ne mens pas)
Il y a un an, je commençais maladroitement à tenir ici un journal, sans rien savoir de ce que j’allais en faire. Au fil des mois, j’ai observé à la fois amusé, intrigué, parfois un peu inquiet, les effets de cette pratique. Je me suis découvert des contraintes intérieures et des libertés inattendues. J’ai regardé se tracer entre ma retenue et mes aveux une frontière intime et souvent poreuse. J’ai appris l’étonnante plasticité de mon impudeur sans jamais en ressentir de gêne. De cette expérience, j’apprends, aussi* :
- comme le décidaient déjà de façon péremptoire les professeurs lors des conseils de classe au lycée, je suis un littéraire : le récit et la fiction innervent mon quotidien, lui donnent sa profondeur, le valent souvent et le remplacent parfois.
- la vérité, l’objectivité, l’impartialité et l’exactitude sont ici démonétisées, sans valeur ni enjeux.
- (avec une petite voix d’enfant capricieux) "c’est vrai puisque je le dis".
- il m’importe d’être lu, de le savoir, d’être commenté. Par qui, pourquoi, comment m’importent moins.
- j’écris toujours dans un même registre, qui n’est évidemment pas celui de mon écriture professionnelle (normée, le sérieux comme modèle, avec des notes en bas de page) mais qui n’est pas non plus celui de ma correspondance amicale dans laquelle je raconte pourtant les mêmes choses qu’ici, mais sur un autre ton.
- finalement, je me tiens à ce registre, quels que soient l’admiration et le plaisir que je ressens à la lecture d’autres qui écrivent ici comme je n’y arriverai jamais.
- 1constant est devenu peu à peu une contrainte d’écriture. Je suis ailleurs (mais pas "en vrai") un peu plus drôle et beaucoup moins élégant/affecté qu’il n’essaye de l’être ici.
- 1constant existe cependant vraiment, je le réalise à chaque fois que je rencontre une autre personne de GA. Je décline mon pseudo et je vois alors cette personne rechercher le souvenir d’un texte, d’une photo ou d’une image à associer à cette identité virtuelle, y parvenir éventuellement, dire "ah, d’accord !" et s’adresser alors à un autre moi-même au travers de moi.
- ce journal virtuel ne tient que parce qu’il se nourrit du réel. Il m’a permis en retour d’enrichir cette année de rencontres et d’amitiés. Ce n’est pas le moindre de ses mérites.
*l’idée de ce post est née d’une discussion avec H. un soir d’hiver, chez R. Je vous la dois (ainsi que deux -ou trois ?- Manhattan).
Merci.
13/01/06 - 19:51
C'est finement et très correctement approfondi.
Voilà un post de moins à écrire pour moi :-)
morrissey