Ségolène, des bottes en cuir et moi
Un 11 novembre, à la fin des années 1990. Habillé de kaki, frigorifié, le dos droit et les mains sur le famas, je participe avec mes camarades de régiment à la commémoration réglementaire devant le monument au mort d’une petite ville de garnison. A l’abri de la pluie fine, elle aussi réglementaire, qui balaye cette place bitumée et sinistre, un sous-officier annonce au mégaphone l’arrivée des officiels chargés de nous passer en revue.. Ma grande taille m’a réservé le premier rang (logique propre aux militaires). Je la vois donc arriver au moment même où retentit son nom. En tailleur marron, coiffée comme elle l’était à cette époque (assez mal), le pas assuré, elle remonte la longue rangée que nous formons d’un pas assuré, chaussée de ces hautes bottes de cuir que je lui vois pour la première fois (et qui alimenterons presque une semaine de blagues de chambrée). Fille de militaire, le sourire figé, elle salue avec une politesse distante. Nous sommes dans sa circonscription.
Quelques années plus tard, ministre et députée, elle reçoit dans la salle des quatre-colonnes un groupe dont je fais partie. Un peu moins mal coiffée, habillée d’un rouge vraiment très, très vif, elle déroule un discours imparable et minuté. Je me souviens surtout d’avoir regardé ses bottes avec insistance.
Au printemps 2004, je me résous à voter pour elle, assez content tout de même de faire perdre la région à Raffarin. Le dimanche soir de la victoire, elle apparaît assez tard dans la salle des fêtes municipale réservée pour l’occasion. Rayonnant d’une satisfaction intense et d’une tension maîtrisée, elle remercie tout le monde et son regard ne quitte pas les caméras dorénavant nationales (l’une d’elle est portée par un grand brun d’une beauté si étonnante que je m’en souviens encore alors que j’ai oublié si elle portait ou non ses bottes désormais totémiques).
il suffit de cliquer*
Il y a quelques mois, je passe quelques nuits (et autant de jours) dans les bras d’un garçon qui travaille pour elle. Je peux suivre ainsi en détail les effets les plus visibles de sa notoriété grandissante. La voilà qui change et embellie. Elle n'en reste pas moins d’une exigence névrotique, organisant l’univers autour d’elle. Lorsqu’il passe prendre un café (que nous ne buvons pas) et qu’il repart précipitamment pour une réunion imprévue, j’ai presque l’impression d’être Christine Keeler. Il ne me manque que les bottes. En cuir.
*il suffit donc de cliquer sur Ségolène pour entendre une version française hasardeuse des inévitables boots de Nancy. Version empruntée à une discothèque aussi amicale qu'impeccable.
01/05/06 - 18:38
Et Val Kilmer, il est comment au lit ? (comprenne qui pourra)
the-graduate