Pub


J'écoute : Margo Guryan / Jamie Lidell
Je regarde : l'écran de cet ordinateur
Je lis : Véronique Ovaldé / Jacques Roubaud / Yourcenar
Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
Je bois : de l'eau
Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

15/05/2007

15/05/07 - 22:21

Port-Nazaire


J’ai traversé plus vite que lui les immenses alvéoles de béton armé. Je le regarde marcher le long de la rambarde qui ferme le toit de la base sous-marine. Ses lunettes noires accentuent la dureté de son visage. La chaleur du soleil fait apparaître des tâches plus sombres sur son t-shirt, au creux de la poitrine. A quelques pas du banc où je suis à demi allongé, il s’arrête et s’accoude pour fumer.




Le paysage rassemble sous mes yeux des objets familiers. La Loire se jette ici dans l’océan. Ses eaux brunes passent sous l’arche métallique et brillante du pont de l’estuaire ; elles deviennent plus bleues en se mêlant au large, derrière le coin du bassin à flot, là où se trouve encore ce bar-tabac-dancing incertain où M. et moi parvenions parfois à entraîner le petit groupe venu passé ici les longs week-end de printemps il y a dix ans. Sur la droite, après le pont-levant, s’amorce le début de la promenade le long de la mer. De l’autre côté, un paquebot démesuré, parallélépipède hideux de ponts identiques empilés sur une coque d’un blanc fatiguant, attend, dans la forme de radoub, les dernières finitions avant l’inauguration et le départ définitif pour la mer des Caraïbes. En face, les villas de Pornic, les volets encore fermés, les hortensias déjà en fleur. Derrière moi, la ville à angle droit où habite sans doute encore la mère de M.. Chaque élément se découpe dans une lumière nette. Les rares voitures qui circulent au loin, notre présence solitaire sur la terrasse, les cris étouffés des enfants qui jouent en sortant du musée maritime font de cette après-midi fériée un autre dimanche. Plus encore que dans mon souvenir, le quartier du port ressemble à la banlieue d’une ville de province jetée au bord de l’océan. La laideur fade des immeubles aux balcons de ciment gris ouvre sur les quais des anciennes messageries transatlantiques et, comme sur une vielle carte postale affranchie d’un timbre exotique, cette vue de Loire-inférieure se colore du lointain de tous les voyages possibles.