Pub


J'écoute : Margo Guryan / Jamie Lidell
Je regarde : l'écran de cet ordinateur
Je lis : Véronique Ovaldé / Jacques Roubaud / Yourcenar
Je joue : "à qui perd gagne / tu joues au plus fortiche / et moi, et moi... moi je m'en fous je triche" etc...
Je bois : de l'eau
Je cite : "Il n'y a que la seule irrésolution qui cause les regrets et les repentirs"
Je rêve : parfois

(mis à jour lundi 28 avril 2008 à 21:43)

30/12/2007

30/12/07 - 19:18

Wishin' & Hopin'


Ce Noël s’annonçait improbable, mais en fait non. Il fut finalement modérément familial, tranquille et doux, émaillé de quelques répliques impérissables :
- «Pour le dîner du 24, tu fais sobre». «D’accord, sobre, mais chic !»
- «Et toi, ton projet de vie, c’est plutôt quoi ?». «Euh, là, c’est de tenir jusqu’à la bûche»
- «Non, c’est vrai, vous en pensez quoi : chez Ladurée, c’est les cassis les meilleurs, non ?»
- «Et vous survivez hors du 3e ?» «Oui, ça va. Et puis les jumelles sont dans la même crèche que le petit de Mazarine Pingeot, donc on est pas dépaysé»
- «Tu comprends, il n’avait pas d’alliance, je me suis mise à espérer… tu penses… sa femme vient de le rejoindre… Non, à mon avis, mon prince charmant a décidé de faire du trekking en Colombie il y a six ans et depuis il est retenu par les Farc». «Te plains pas, il aurait pu choisir le circuit découverte en Mauritanie»
- «Profitez-en bien, j’ai fait tellement de cadeaux que normalement je suis sous tutelle le mois prochain»
- «Tu as vu, je t’ai pris un week-end de charme pour deux, hein, au cas où…»
- «C’est joli cette guirlande qui clignote de façon aléatoire» «Ce n’est pas aléatoire, c’est du morse, c’est le sapin qui dit : je viens de Laponie, sortez-moi de là !»



En cliquant sur cette image idyllique du bonheur familial tel qu'il devait exister sous le septennat de Valery Giscard d'Estaing, on peut entendre Dionne Warwick (parfaite avec les after eight en cette période de fête) fredonner que ce n'est pas tout de faire des voeux, encore faut-il s'efforcer de les réaliser.

20/12/2007

20/12/07 - 18:53

Ceux qui m’aiment ont pris le train (de banlieue)


Pour la dernière fois, je refais ce trajet que j’ai accompli irrégulièrement pendant plus de six ans. Le métro, la gare du Nord, les voies 30 à 34, les wagons surchauffés du RER, le bus, le hall sinistre de la fac, le labyrinthe des escaliers et des couloirs. Mais c’est le jour de l’adoubement, alors je ne suis pas seul et tout me paraît découpé dans une réalité différente, plus nette et plus lointaine à la fois.

La phrase est tellement attendue (« Monsieur, après délibération, le jury etc.… ») que je n’entends rien. Puis tout le monde se lève, et pendant l’heure qui suit, tous les éléments de ma vie, amis, famille, amant, frères, professeurs, collègues, sont réunis dans le décor improbable d’une cafétéria universitaire éclairée au néon. Un sourire idiot ne quitte pas mon visage.

Sur le pont de la Concorde, le vent glacial me fait perdre une partie des mots de Marc. Je répète dans le téléphone que je lui raconterai tout le lendemain mais que là, il m’attend. Je l’entends malgré tout me demander, ironique mais pas seulement, si c’est la plus belle journée de ma vie. Je réponds non, bien sûr, "la plus belle est à venir". Le doute est pourtant permis lorsque je me retourne pour regarder encore une fois les lumières de la place puis que je m’engouffre dans le métro et que je le retrouve dix minutes plus tard, une cigarette au coin des lèvres, assis tout seul sous le chauffage au gaz de la terrasse déserte et tranquille. Derrière la vitre embuée, la salle du café se devine chaleureuse et bondée. Une troisième journée commence à la nuit, et achève tous les changements qui m’auront fait, sans que je comprenne bien comment, changer définitivement de statut.



Le lendemain matin, les raies du soleil au travers des volets tracent sur son visage des lignes qui viennent s’ajouter aux marques du drap et aux rides que l’âge lui dessine au pli des yeux. L’étroitesse du lit nous imbrique l’un dans l’autre. Les bruits de l’avenue Victoria annoncent un samedi de veille de fête. Il grogne dans son sommeil pendant que je murmure à voix basse des incantations pour que ce moment s’étire à l’infini.