Ceux qui m’aiment ont pris le train (de banlieue)
Pour la dernière fois, je refais ce trajet que j’ai accompli irrégulièrement pendant plus de six ans. Le métro, la gare du Nord, les voies 30 à 34, les wagons surchauffés du RER, le bus, le hall sinistre de la fac, le labyrinthe des escaliers et des couloirs. Mais c’est le jour de l’adoubement, alors je ne suis pas seul et tout me paraît découpé dans une réalité différente, plus nette et plus lointaine à la fois.
La phrase est tellement attendue (« Monsieur, après délibération, le jury etc.… ») que je n’entends rien. Puis tout le monde se lève, et pendant l’heure qui suit, tous les éléments de ma vie, amis, famille, amant, frères, professeurs, collègues, sont réunis dans le décor improbable d’une cafétéria universitaire éclairée au néon. Un sourire idiot ne quitte pas mon visage.
Sur le pont de la Concorde, le vent glacial me fait perdre une partie des mots de Marc. Je répète dans le téléphone que je lui raconterai tout le lendemain mais que là, il m’attend. Je l’entends malgré tout me demander, ironique mais pas seulement, si c’est la plus belle journée de ma vie. Je réponds non, bien sûr, "la plus belle est à venir". Le doute est pourtant permis lorsque je me retourne pour regarder encore une fois les lumières de la place puis que je m’engouffre dans le métro et que je le retrouve dix minutes plus tard, une cigarette au coin des lèvres, assis tout seul sous le chauffage au gaz de la terrasse déserte et tranquille. Derrière la vitre embuée, la salle du café se devine chaleureuse et bondée. Une troisième journée commence à la nuit, et achève tous les changements qui m’auront fait, sans que je comprenne bien comment, changer définitivement de statut.
j'ai fredonné ça pendant trois jours
Le lendemain matin, les raies du soleil au travers des volets tracent sur son visage des lignes qui viennent s’ajouter aux marques du drap et aux rides que l’âge lui dessine au pli des yeux. L’étroitesse du lit nous imbrique l’un dans l’autre. Les bruits de l’avenue Victoria annoncent un samedi de veille de fête. Il grogne dans son sommeil pendant que je murmure à voix basse des incantations pour que ce moment s’étire à l’infini.
20/12/07 - 23:56
"Félicitations" (c'est bien ce que le jury et bien d'autres avant moi ont dit)...
On vous pardonnera le sourire idiot... cette fois-ci.^^
herminien2