Michael Tolliver est mort
Dans son Autobiographie érotique, Bruce Benderson souligne à quel point que ce qu’il représente, ce qu’il est, presque malgré lui, -un homosexuel nord-américain de plus de cinquante ans- est devenu aujourd’hui une incongruité. Survivant du sida et des années de lutte pour les droits civiques, il ne se reconnaît plus dans une communauté homosexuelle qui cherche à tout prix à intégrer le modèle dominant qu’elle a si longtemps combattu.
Partant de la même situation, Armistead Maupin aboutit à une toute autre conclusion. Dans le vrai-faux dernier volume des Chroniques de San Francisco, son double de fiction ne cesse de s’interroger sur le sens que doit prendre l’arrivée de l’âge chez un gay séropositif, et la réponse qu’il donne à ce questionnement est finalement assez déprimante. Tout au long du livre, au fil de rebondissements poussifs (comme si l’abandon de la contrainte d’une écriture de feuilletoniste alourdissait l’imagination de l’auteur), Michael Tolliver s’efforce, avec une volonté de boy-scout, d’intégrer à tout prix une norme sociale qui lui semble désormais la seule garantie d’une vieillesse paisible.
Jusqu’alors, en prenant les chemins détournés de l’ironie camp, en diffractant dans des personnages excessifs et stéréotypés toutes les attitudes qu’il est possible d’adopter face aux enjeux politique d’une époque, Maupin arrivait à rendre légers les problèmes qu’il évoquait. Sa description douce-amère de l’échec des tentatives collectives pour vivre autrement sa liberté et ses désirs, le fracassement des utopies des années 70 sur la dureté glacée des années Reagan, hantées par le sida et l’obsession de la réussite individuelle constitue pour moi l’essentiel du charme de son œuvre. Or le dernier épisode est entièrement rythmé par les longs monologues de Tolliver/Maupin qui se félicite d’être à la fois, et dans le désordre, débarrassé d’une libido trop envahissante, toujours en vie, propriétaire de sa maison et marié.
L’insistance sur « mon mari » n’est pas sans évoquer une autre figure accablante de l’assagissement tardif. Tout ça pour ça, les péripéties innombrables, au grès des différents tomes, sur la vitalité du désir, la multiplicité des choix de vie, le refus du conformisme se dissolvent finalement dans le jacuzzi où Michael et Ben se prélassent, heureux, mariés, normaux.
Des inquiétudes sur l’âge, des angoisses du survivant en sursis, des questions que posent les revendications de l’égalité des droits, il est sûrement possible de faire autre chose que ce filet d’eau tiède. Du temps qui passe, il est au moins possible (en tout cas pour Joni Mitchell) de faire une chanson bouleversante où l’écho des rengaines de jeunesse (et pas des moindres puisqu’il s’agit d’Unchained melody) se fait entendre derrière les cris des enfants des amis qui vieillissent. Il suffit de cliquer sur l'image.
05/05/08 - 09:24
Encore un livre que je ne lirai pas. Je réécouterai plutôt Joni M...
ned